Les incitations fiscales aux travaux écologiques, c'est à dire les niches fiscales vertes, vont suivre le même chemin que celui pris par la banquise ou par les glaciers alpins : elles vont fondre, leur intérêt avec. En vrac :

  • vous voulez installer du double vitrage? Pas de problème, il faudra payer 2,5% en plus (baisse du crédit d'impôt qui passe de 25% à 22,5%). D'un autre côté, le triple vitrage est plus performant, mais est très difficile à trouver en France (alors que c'est disponible depuis longtemps dans les pays scandinaves);
  • vous voulez installer une pompe à chaleur? Pas de problème, il faudra payer 4% en plus (baisse du crédit d'impôt qui passe de 40% à 36%). Bon, de toute façon, la durée de vie d'un tel engin est d'environ 10 ans, et ça alourdit la facture électrique;
  • vous vouliez passer, au moins partiellement, au photovoltaïque? Pas de problème, il faudra payer 25% en plus (baisse du crédit d'impôt qui passe de 50% à 25%). Vous pensez que c'est pas mal? Que nenni, EDF vous rachètera l'électricité ainsi produite moins encore moins cher (on parle d'une réduction de prix de rachat de 12%). Bon d'accord, obliger EDF à racheter de l'électricité produite par les particuliers n'est pas non plus une bonne solution, surtout que si beaucoup de particuliers s'équipent ainsi, la facture EDF pour tous risque d'augmenter. D'un autre côté, et ça ne serait pas plus mal, si EDF ne rachète plus l'électricité aux particuliers, ceux-ci seraient tentés de passer totalement au photovoltaïque (pas donné non plus mais bon, tant qu'à faire) et se passeraient de EDF qui perdraient des clients, du coup les tarifs augmenteraient pour ceux qui restent. Mais la satisfaction de ne plus jouer au banquier pour EDF[1], de ne plus utiliser d'électricité nucléaire voire d'origine thermique, ça n'a pas de prix. Mais équiper une vieille maison de façon à devenir autonome en électricité (éolienne de toit et panneaux photovoltaïques), je ne sais pas si c'est possible, et ça implique surement de diminuer le nombre des équipements électriques dans la maison. Toujours est-il qu'à l'heure actuelle pour s'équiper en photovoltaïque il faut faire entièrement confiance à l'entreprise choisie car la rareté des informations disponibles pour le particuliers ne permet pas de se faire une idée très claire de la chose.

Par contre, étrange, les aides aux biocarburants resteront intactes : l'exonération partielle de la taxe intérieure sur les produits pétroliers est maintenue[2]. En clair, rouler avec des biocarburants, c'est accepter que des groupes, souvent filiales de groupes pétroliers ou de groupes agricoles (en France betterave et céréales) louent ou achètent des terres, souvent dans les pays dits du sud (en Afrique souvent), virent les locaux, suppriment les cultures vivrières, et cultivent, rarement à la mode bio car la législation locale n'est pas aussi restrictive qu'ici**donc pollue les sols du coin au passage.** de façon intensive la plante permettant de fabriquer ce biocarburant.
Le tout pour un bilan carbone pas si évident que ça.
Qu'est-ce qui est pire dans ce cas? Rouler au tout pétrole avec des voitures économiques? Rouler au biocarburant (soit pétrole + machin agricole) avec des voitures qui consomment plus pour parcourir la même distance? Rouler au biocarburant ne permet donc pas de prétendre entrer dans la catégorie des amoureux de leur environnement. Pour ma part, j'ai la chance de pouvoir utiliser uniquement mon vélo pour aller travailler, j'ai donc choisi aucun des deux. J'attends impatiemment qu'on me paie au coup de pédale pour subventionner l'achat de pantalons qui s'usent vite sur une selle de vélo.

Dans le contexte économique actuel, vu ce qu'il reste du grenelle de l'environnement, ne serait-il pas utile de supprimer le ministère de l'écologie, parce qu'il est manifeste que la protection de l'environnement, au niveau global et national, n'a plus la côte : ça coûte trop cher.

Maintenant on pourrait créer de nouvelles règles, de nouveaux impôts et taxes, comme par exemple :

  • refuser la mention bio aux tomates venant de loin, sauf si elles ont été transportées en cargo à rames ou à voiles;
  • instaurer une vignette annuelle de circulation pour les poids lourds et tous les véhicules de société[3];
  • multiplier par deux la TVA sur les produits de grande consommation chinois, car pas chers, de piètre qualité, donc à durée de vie brève et donc augmentant le volume de déchets qu'il faut gérer (surtout quand ils ne sont pas recyclables);
  • tenir compte des autres gaz émis par les voitures, car retenir le seul CO2 c'est bien, mais insuffisant;
  • taxer les fumeurs, les fumistes et les fumeux...

Au lieu de ça, si trop de monde se met à :

  • poser des panneaux photovoltaïques + éolienne individuelle pour être autonome,
  • effectuer des forages pour trouver une source d'eau et/ou se met à stocker systématiquement l'eau de pluie tout en évitant d'avoir des gazons anglais,
  • vivre à proximité de leur lieu de travail de façon à pouvoir utiliser la marche à pied ou le vélo,
  • composter les déchets organiques (pas uniquement végétaux), ce qui permettrait au passage de produire des biogaz donc de l'électricité,
  • ...

On verrait la création de nouveaux impôts, de carte grise et vignette sur les vélos... un peu comme actuellement ou pour beaucoup d'objets achetés, vous payez une éco-taxe lors de l'achat, et une participation à la gestion des déchets lorsque vous les jetez. Sachant que même si vous apportez de plus en plus de déchets aux points d'apports volontaires et autres déchetterie, la taxe sur les ordures augmente tous les ans[4].
On fait comment pour responsabiliser les gens au respect de l'environnement dans le cas de la gestion des déchets si on continue d'augmenter les prix alors même que les éboueurs ont moins de travail à faire. En prime, des bruits de plus en plus forts et persistants se font entendre sur un éventuel accès payant aux déchetteries : ils veulent permettre la réapparition des décharges sauvages ou quoi?

Conclusions :

  • le respect de l'environnement n'est pas une priorité nationale (mais ça n'est pas une surprise);
  • le respect de l'environnement est perçu avant tout comme une source de revenus supplémentaires, même si le bénéfice qu'en retire réellement l'environnement est discutable : c'est ce qu'on appelle le développement durable;
  • tenter de soulager sa conscience écologique prend du temps, et coûte de plus en plus cher;
  • il y en a marre qu'on tire sur la corde du tous coupables tout en nous faisant payer le vent de plus en plus cher;
  • un mur s'approche dangereusement, j'espère qu'on ne va pas attendre d'être aux pieds pour réagir dans le bon sens.

L'espoir existe car quelques notes, disparates certes, se font entendre, il nous manque juste une réelle volonté qui vienne d'en haut.

Notes

[1] Faites une recherche sur surfacturation EDF, bon d'accord c'est pire avec GDF. Nan je n'ai même pas parlé du CE le plus riche de France, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.

[2] jusqu'en 2012

[3] souvent conduits en mode bourrin.

[4] et cette augmentation est systématiquement supérieure à plusieurs fois l'inflation.