Dans l'EN on n'arrête pas le progrès!
Par Stéphane Bonhomme le mercredi, octobre 7 2009, 12:07 - Opinion - Lien permanent
Dernière innovation pédagogique en date : payer les élèves (par match de foot ou autre, on parle même de permis) pour qu'ils viennent en cours.
Cette solution est proprement miraculeuse :
- on a enfin trouvé une utilité à la note de vie scolaire, permettant de distribuer des points relevant la moyenne de tout le monde[1];
- on fournit une chance supplémentaire à tous ces élèves de milieux dits socialement défavorisés, inscrits dans des lycées eux aussi forcément défavorisés car recevant beaucoup plus de subventions que la moyenne nationale. Ca s'appelle de la discrimination positive, c'est donc politiquement correct;
- on déploie un écran de fumée afin de faire oublier qu'on supprime les adultes (enseignants et non enseignants comme les surveillants, les infirmères...) dans les établissements scolaires et que les lycées professionnels, bénéficiaires d'une partie de la taxe professionnelle, voient leurs ressources financières fondrent (même si on dit que ça serait compensé, en général).
Mais pourquoi les élèves ne vont plus au lycée? On s'en fou, puisqu'on a trouvé LA solution, expérimentée à titre expérimentale bien sûr! Mon petit doigt me dit que :
- les enseignants vont être extrêment heureux du retour de certains élèves qui vont venir pointer, mais pas travailler, afin de toucher le pactole;
- les parents vont être extrêment heureux que le lycée pro joue enfin son rôle de garderie;
- les réformateurs vont être extrêment heureux car ce sera une bonne occasion de tout chambouler, en commençant par tapper sur les profs tout en diminuant encore les moyens attribués.
A au fait! Au royaume des similitudes, pour ceux qui se demandent pourquoi l'EN n'est pas encore réformée[2], c'est tout simplement parce que c'est le corps de fonctionnaire renfermant le plus de dépressifs. Du coup on oublie de remplacer les départs en retraite, ce qui permet de supprimer plus de 10 000 postes par an (ce qui reste moins que prévu à cause de la réforme des retraites). Saviez-vous qu'on va dépasser les 30 000 postes enseignants suppprimés en 3 ans? Saviez-vous qu'en l'an 2000 il y a eu un baby boom, et que tout ce beau monde arrive dans le secondaire dans moins de 2 ans? On va leur mettre quoi devant? Puisque les classes sont déjà surchargées gonflées à bloc et que certaines n'ont même pas de prof dans certaines disciplines alors que le taux d'encadrement moyen est bon au niveau national? Saviez-vous que le nombre d'adultes enseignants non fonctionnaires, mais intérimaires, est en très nette augmentation? On est bien d'accord que ce n'est pas non plus LA raison de l'absentéisme, mais il se pourrait que ça en soit une des raisons. De toute façon, il faut bac + 5 pour avoir le droit de passer le concours maintenant. C'est super utile bac +5 pour expliquer aux élèves de sixième comment l'abeille fait pour féconder une plante!
Il parait aussi que l'absentéisme au lycée professionnel serait dû à une mauvaise orientation des élèves. Mais cette mauvaise orientation est-elle :
- subie pour cause de désintéressement total de l'école dès le primaire et:ou début du collège, mais qu'il a bien fallu se tapper 4 ans de collège sans redoubler (les profs sont sympas) avant de pouvoir prétendre faire autre chose ou on s'éclate?
- liée au fait que rencontrer la co-psy de service qui navigue entre plusieurs établissements est parfois mission impossible?[3]
Je ne sais pas ce que va donner cette expérimentation, mais ce qui me hérisse le poils c'est qu'on introduit quelque chose de malsain qui n'a rien à faire dans l'école : une espèce d'appât du gain. Autant salarier les élèves, tous les élèves, pas seulement ceux de quelques bahuts pro. Autant assujettir leur salaire au comportement général, aux résultats scolaires, à l'attitude écocytoyenne (bien tiens, on l'avait oublié celle-là). Ce n'est bien sur qu'un avis critiquable non consultable d'un petit proche de province ne prétendant pas détenir la véritée ultime. En plus, ce n'est même pas une idée de moi, c'est ce qui se pratique chez un de nos voisins européens. Vous savez, un de ces voisins chez qui on mange très mal (sauf si on se limite à quelques boissons :p ) et qui a un système éducatif en pleine déconfiture.
Commentaires
Il faudrait salarier tous les élèves, une sorte de mini-SMIC jeune; avec obligation de s'entre-aider, de se transmettre les connaissances (?) et le gout du travail pour réussir. Les profs ne seraient alors plus nécessaires. Quelle économie !