Réforme des lycées : adieu les SVT pour tous?
Par Stéphane Bonhomme le mercredi, octobre 22 2008, 08:31 - Education - Lien permanent
Je n'ai pas pu entendre en live le discours du ministre, j'ai donc dû me plonger dans toutes les revues de presses disponibles sur internet, en commençant bien sûr par la source en provenance du site du ministère de l'EN : Réforme du lycée : point d'étape - discours de M; Darcos du 21 octobre 2008 .
Première chose, entre ce que dit la presse et ce que j'ai lu dans le discours il y a de petites différences bien subtiles : je ne vais pas épiloguer là-dessus. Par contre, si les journalistes s'emploient à parler de syndicats, Il n'y en a aucun qui a relevé un certain nombre de choses, ce qui paraît étrange.
Ainsi, dans le tronc dit commun, on parle de "sciences expérimentales", sans préciser ce dont il s'agit. De plus, on prévoit l'existence d'un module "science" comprenant mathématiques et Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Conséquence : l'inquiétude grandit, les questions fusent :
- les Sciences Physiques sont passées où?
- les SVT sont elles considéres comme des sciences expérimentales?
- cet enseignement des "sciences expérimentales" correspond-il à plusieurs disciplines ou sera-t-il animé par un animateur scientifique là pour voir si la fibre scientifique de l'élève est bien là? Il se résumerait donc à une sorte de transmission de la "culture scientifique"?
Ensuite, j'ai la très nette impression qu'on passe d'une classe de seconde indéterminée à une classe de seconde déterminée à géométrie variable. Avant tout le monde bénéficiait de la même chose, et l'orientation se faisait en fin d'année. Ce qui est prévu, c'est de choisir dès l'entrée en seconde un module, une option (appelez ça comme vous voulez) qui doit donc logiquement présager de l'orientation future de l'élève, d'où les questions :
- qui choisit le module en option? Les parents ou un conseil d'enseignants tirant les leçons des bulletins du collège? Si c'est le premier cas, alors je ne vois pas en quoi l'hégémonie supposée des sciences diminuera, puisque beaucoup prendront l'option "sciences". Si c'est le second cas, les enseignants de collège vont avoir l'immense bonheur de devoir supporter un peu plus de pression de la part des parents, histoire que le bulletin du petit géni de la famille soit bien bon.
- si en fin de module on se rend compte que l'option n'est pas la bonne, on change. Mais qui décide de ça? En clair, les parents auront-ils leur mot à dire? Si oui, alors ce système ne servira pas à grand chose. Un simple constat : souvent, des échecs sont constatées pour cause d'orientation mal choisie. Si la coutume est de tout mettre sur le dos de l'école, le fait est que souvent on se rend compte que l'élève avait émis des souhaits d'orientation différents de ceux de ses parents, et que ce sont ces derniers qui ont eu le dernier mot.
Globalement, un point positif quand même : on sort du "pareil pour tout le monde" si économique financièrement parlant, si dévastateur pour certains élèves : c'est toujours la réalité du "collège unique" d'ailleurs[1]. Par contre, connaissant la logique budgétaire actuelle, il y aura forcément des coupes sombres dans ces "sciences expérimentales", et pourquoi? Parce que les travaux pratiques ça coûte cher, trop cher, donc moins d'élèves en feront mieux ça sera.
Une dernière chose : cette année, les concours de recrutement des enseignants sont gelés : pas ou peu de postes offerts. Et la prochaine réforme de 2010 prévoit que, pour devenir enseignant, il faudra aller jusqu'au master deuxième année pour avoir le droit de passer les concours. Soit bac +5 (contre minimum bac +3 actuellement) : à part retarder l'arrivée sur le marcher de nouveaux fonctionnaires (parce qu'il va bien falloir s'occuper de tous ceux issus du baby boom de l'an 2000 quand même). Devoir faire 5 ans d'études post-bac pour devenir enseignant, pour transmettre des connaissances très souvent d'un niveau au ras des paquerettes (nous ne sommes qu'au secondaire) : il va falloir rendre la profession réellement attractive du point de vue financier.
Notes
[1] qu'il est si facile de contourner en prenant certains options de langue, ou en changeant d'établissement, vu qu'il est si facile d'obtenir une dérogation.
Commentaires
La presse s'est peu fait l'écho des propositions ministérielles comme si cela n'avait que peu d'intérêt pour les générations futures; ils préfèrent nous gaver de la crise financière et de la récession, comme s'il n'y avait que cela d'important.
Quand à cette réforme, le ministre est resté, comme tu le dis, très vague et le fourre-tout "sciences expérimentales" va sans doute faire passer à la trappe non pas la physique-chimie, mais les SVT.
Sur un fond de prétendues meilleures orientations, la seule raison de ce chambardement est de réaliser des économies, et tant pis pour la formation des élèves.
Heureusement que la retraite est proche, et l'année prochaine j'appliquerai les programmes issus de cette réforme avec ma vision de la chose : je choisirai également là dedans ce qui me plait, et laisserait de côté les parties du programme que je jugerai inintéressantes (pourquoi les profs n'auraient-il pas droit également à des choix, enseignement "à la carte", non ?)
Mais la SVT, ça ne sert à rien... Et puis les sciences-physiques non plus. Qu'est-ce que tu nous bassines là...
Bosse et tais-toi.
Je rebondis (j'adore cette tournure, très "in" dans le monde de l'EN) sur ta réponse Pascale pour effectivement remarquer deux choses :
* officiellement, la France a besoin de scientifiques. Dans les faits, la volonté est de briser la filière scientifique, ou en tout cas son hégémonie supposée, pour de simples raisons budgétaires semble-t-il;
* officiellement Grenelle 1 et bientôt la version V2 (qui devrait être aussi vide que la V1 d'ailleurs, sauf pour nos bourses bien sûr) font de l'environnement un sujet brûlant de l'actualité, ou en tout cas un sujet à la mode. C'est à ce moment là qu'on choisit de sabrer les SVT.
Bref, c'est d'une sacrée logique, on nage en plein : "croyez ce que je dis, ne faites pas attention à ce que je fais".
Et un retour du référentiel bondissant :
Ben évidemment : pour pouvoir faire gober n'importe quoi aux cons-(ommateurs) il ne faut pas qu'ils comprennent le cycle du carbone, les mécanismes des climats du passé, l'effet des radiations ionisantes issues de la désintégration du noyau des atomes sur les cellules, les mécanismes de la pollution des nappes phréatiques par les nitrates, l'imbécillité des biocarburants, ... etc (liste loin d'être exhaustive).
Sans doute que les nouveau programmes de SVT ne traiteront que de l'épanouissement de la fleur, de la fleur au fruit (importance des abeilles), la cellule chlorophyllienne qui est une "pompe à CO2". Bref que des choses dans la lignée de l'idéologie propagandiste gouvernementale à traiter dans des modules d'1/2 heure sur 1 semestre.