Première chose, entre ce que dit la presse et ce que j'ai lu dans le discours il y a de petites différences bien subtiles : je ne vais pas épiloguer là-dessus. Par contre, si les journalistes s'emploient à parler de syndicats, Il n'y en a aucun qui a relevé un certain nombre de choses, ce qui paraît étrange.

Ainsi, dans le tronc dit commun, on parle de "sciences expérimentales", sans préciser ce dont il s'agit. De plus, on prévoit l'existence d'un module "science" comprenant mathématiques et Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). Conséquence : l'inquiétude grandit, les questions fusent :

  • les Sciences Physiques sont passées où?
  • les SVT sont elles considéres comme des sciences expérimentales?
  • cet enseignement des "sciences expérimentales" correspond-il à plusieurs disciplines ou sera-t-il animé par un animateur scientifique là pour voir si la fibre scientifique de l'élève est bien là? Il se résumerait donc à une sorte de transmission de la "culture scientifique"?

Ensuite, j'ai la très nette impression qu'on passe d'une classe de seconde indéterminée à une classe de seconde déterminée à géométrie variable. Avant tout le monde bénéficiait de la même chose, et l'orientation se faisait en fin d'année. Ce qui est prévu, c'est de choisir dès l'entrée en seconde un module, une option (appelez ça comme vous voulez) qui doit donc logiquement présager de l'orientation future de l'élève, d'où les questions :

  • qui choisit le module en option? Les parents ou un conseil d'enseignants tirant les leçons des bulletins du collège? Si c'est le premier cas, alors je ne vois pas en quoi l'hégémonie supposée des sciences diminuera, puisque beaucoup prendront l'option "sciences". Si c'est le second cas, les enseignants de collège vont avoir l'immense bonheur de devoir supporter un peu plus de pression de la part des parents, histoire que le bulletin du petit géni de la famille soit bien bon.
  • si en fin de module on se rend compte que l'option n'est pas la bonne, on change. Mais qui décide de ça? En clair, les parents auront-ils leur mot à dire? Si oui, alors ce système ne servira pas à grand chose. Un simple constat : souvent, des échecs sont constatées pour cause d'orientation mal choisie. Si la coutume est de tout mettre sur le dos de l'école, le fait est que souvent on se rend compte que l'élève avait émis des souhaits d'orientation différents de ceux de ses parents, et que ce sont ces derniers qui ont eu le dernier mot.

Globalement, un point positif quand même : on sort du "pareil pour tout le monde" si économique financièrement parlant, si dévastateur pour certains élèves : c'est toujours la réalité du "collège unique" d'ailleurs[1]. Par contre, connaissant la logique budgétaire actuelle, il y aura forcément des coupes sombres dans ces "sciences expérimentales", et pourquoi? Parce que les travaux pratiques ça coûte cher, trop cher, donc moins d'élèves en feront mieux ça sera.

Une dernière chose : cette année, les concours de recrutement des enseignants sont gelés : pas ou peu de postes offerts. Et la prochaine réforme de 2010 prévoit que, pour devenir enseignant, il faudra aller jusqu'au master deuxième année pour avoir le droit de passer les concours. Soit bac +5 (contre minimum bac +3 actuellement) : à part retarder l'arrivée sur le marcher de nouveaux fonctionnaires (parce qu'il va bien falloir s'occuper de tous ceux issus du baby boom de l'an 2000 quand même). Devoir faire 5 ans d'études post-bac pour devenir enseignant, pour transmettre des connaissances très souvent d'un niveau au ras des paquerettes (nous ne sommes qu'au secondaire) : il va falloir rendre la profession réellement attractive du point de vue financier.

Notes

[1] qu'il est si facile de contourner en prenant certains options de langue, ou en changeant d'établissement, vu qu'il est si facile d'obtenir une dérogation.