Quand l'industrie du disque ne manque pas d'air
Par Stéphane Bonhomme le samedi, novembre 10 2007, 18:11 - Coup de gueule - Lien permanent
Ca donne un bien sympatique flot de mesures de flicage pour tous, proposées à un gouvernement pronant le dialogue et agissant d'autorité pour réformer... On va encore en prendre plein les dents. Et pourquoi? Parce que le marché du disque est en recul de 20 % sur les neufs premiers mois de l'année.
Quand on lit l'interview accordé à PCInpact.com de Hervé Rony du SNEP, la première chose qui choque est le raisonnement suivi : À qualité de production égale...
. Comment peut-on être sûr que la qualité actuelle de la musique produite est équivallente à celle produite il y a plus de 10 ans? Je n'en ai aucune idée, c'est totalement subjectif, mais ça permet de dérouler l'argumentation habituelle : ...on l’explique comme on le fait depuis plusieurs années : l’accès gratuit, le P2P et le fait que les gens abandonnent l’idée de payer de la musique...
. Pendant qu'on y est, on y va avec l'artillerie lourde, car le flicage filtrage n'est pas là pour vous empêcher de télécharger de la musique illégalement, mais il est là pour vous verbaliser. Comment on procède pour filtrer? Très simple : vous devez installer un logiciel sur votre ordinateur, et si vous ne le faites pas, amende (encore).
Quelques remarques en vrac :
- tous les artistes sont au moins aussi bon qu'avant, puisqu'on parle à qualité de production égale. Donc si vous avez l'impression, depuis plusieurs années, de passer votre temps à entendre la même chanson passée de la mode rock à la mode rap, R'N'B, Groove, dance... ce n'est qu'une impression. De toute façon, ne comptez pas sur une industrie aveugle pour reconnaître que la production de nouveauté est anecdotique, le copiage, voire le piratage d'oeuvres entre artistes (les procès ne sont pas rares) étant totalement inexistants;
- tous les internautes sont donc des pirates, puisqu'ils devraient tous installer un logiciel de filtrage;
- internet est le mal absolu, comme à chaque fois (on croirait entendre la Sainte Inquisition);
Mais personne, surtout pas le SNEP, remarque que :
- si les ventes de CD ont baissé c'est entre autre chose (sans parler de qualité) la faute d'un système de protection des CD qui rendait la lecture parfois aléatoire sur certains appareils et qui en a forcément découragé plus d'un;
- si les ventes de CD ont baissé c'est entre autre chose (sans parler de qualité, ni de protection) la faute au prix d'album dont le contenu n'est pas toujours à la hauteur des espérances. Mais comme toutes les boutiques (en ligne ou pas) proposent d'écouter des extraits gratuitement, on se rend compte à l'avance de la qualité de l'ensemble, et au prix du CD, il est parfois beaucoup plus rentable d'acheter 2 ou 3 chansons sur le net (le prix du single sur CD étant rédhibitoire), comportement adopté par certains, vu que ce domaine est en progression;
- si les ventes de CD on baissé, c'est aussi parce que certains ont acheté des morceaux pour en faire leur sonnerie de téléphone portable;
- si les ventes de CD on baissé, c'est parce que grâce à l'internet, l'offre musicale s'est diversifiée. Cette offre n'étant pas dans le circuit classique, échappant au contrôle des majors donc n'étant pas vendue (ou rarement) en boutique, et n'étant pas forcément chère tout en étant de qualité, ça fait forcément mal à cette pauvre industrie;
- enfin, si les ventes de CD on baissé, c'est aussi parce qu'en 10 ans et plus, les ado, principaux acheteurs avec les étudiants, ont changé de comportement pour se tourner vers les jeux (console, ordinateur) ou la vidéo (DVD)... La preuve, ils sont sans cesse sollicités de tous les côtés : croyez-vous que leur argent de poche a tant augmenté que ça dans un contexte économique ou tout a augmenté?[1]
Dernière chose qui me dérange : actuellement, il y a des taxes sur les CD/DVD vierges, sur les disques durs embarqués... tout ça pour pallier au manque de revenu de ces artistes si talentueux : ces taxes seront supprimées? Parce que si on est obligé de se faire fliquer par son FAI, par son/ses propres ordinateurs, pourquoi payer une taxe qui serait devenue totalement inutile?
Bref, à une époque ou il faut travailler plus pour gagner plus, l'industrie musicale veut faire travailler certains, taxés les autres et crier au loup dès que quelque chose cloche dans ses revenus, tout en prenant soin de rester autiste quant aux causes réelles.
De toute façon, quand on voit, plutôt écoute, la qualité de ce qui est produit actuellement, on se demande pourquoi dans le Grenelle de l'environnement ils n'ont pas prévu le paragraphe pollution musicale. C'était à mon sens nécessaire, la biodiversité des acheteurs se réduisant comme une peau de chagrin.
Notes
[1] Attention, parler de crise est officiellement tabou!
Commentaires
En effet, la "qualité" des "oeuvres" musicales(?) est telle que l'on a vraiment pas envie d'acheter 1 CD ne contenant qu'un seul morceau à peu près écoutable.
De quel logiciel espion parles-tu, je ne suis pas informé.
Ralala, je me casse la tête à mettre une source, celle qui contient le plus d'infos et tu ne la lis même pas? :p
C'est sur cette page www.pcinpact.com/d-107-3-... . Note que rien n'est fait, ça fait juste partie des propositions du SNEP remises à la mission Olivennes (format PDF) en bon organisme de lobbying. Le SNEP dit s'appuyer sur une partie de la fameuse loi DADVSI (votée en 2006) dont le grand public se foutait totalement... Maintenant, si ça passe, le grand public va crier au scandale parce qu'il va devoir payer.
Autre source, de ZDNet celle-là : www.zdnet.fr/actualites/i...
Merci.
Je fais comme les élèves : je ne lis pas tout.