Opération double kick in da prof
Par Stéphane Bonhomme le mercredi, septembre 5 2007, 13:54 - Opinion - Lien permanent
J'ai reçu par mail un joli lien indiquant que notre Président allait nous envoyer une lettre à lire. Pavé dans lequel il expose sa vue du métier d'éducateur. Une version intégrale et numérique est disponible sur le site LeMonde.fr
Bon, ceci étant dit, commençons par faire du mauvais esprit.
On remarquera que, d'après LeMonde.fr la lettre de 32 pages (sacrée lettre quand même) sera envoyée à 850 00 enseignants. Pourtant, d'après le document L'éducation nationale en chiffres il y avait, pendant l'année scolaire 2005-2006, 884 021 enseignants dans le primaire et dans le secondaire (dont 732 112 dans le seul secteur public) plus 89 300 dans le supérieur. Je sais bien que la presse adore les arrondis (plus le nombre est grand, plus il y a de chiffre zéro, sans doute plus facile à imprimer), mais même si on tient compte de tous les postes qui n'ont pas été remplacés à cette rentrée[1], ça ne tombe pas juste. Passons.
Toujours d'après LeMonde.fr, cette grosse lettre aurait couté 500 000 euros, envoi compris si j'en crois la formulation de la phrase. Une simple division euclidienne nous apprend donc que pour écrire, imprimer et envoyer un exemplaire au domicile de chaque éducateur, ça coute 1,70 euros. Vu les tarifs de La Poste pour ce type d'envoi, cette lettre a du être imprimée en format timbre poste et nécessitera une loupe pour être lue, sinon j'aimerais bien avoir les mêmes tarifs quand j'achète des feuilles de chou ou des productions pédagogiques non obligatoires mais fortement conseillées dont le prix est calculé au plus juste, et dont le contenu rendrait jaloux un mistral en grande forme. Accessoirement, les encore plus mauvaises langues que moi disent que si plus de postes avaient été supprimés, la lettre aurait été encore plus longue.
Pour finir, un petite dernière.
Toujours d'après cet article de LeMonde.fr, il paraitrait que l'Elysée a dit s'être inspiré de la circulaire adressée aux instituteurs par Jules Ferry en 1883. Encore heureux qu'ils ont précisés la date (et le prénom), parce que sinon le doute aurait été permis. D'un autre côté, on nous sort que nos statuts définis en 1950 sont hazbine, alors prendre en exemple un texte du 19ième siècle me laisse songeur.
Voilà, fini avec mon mauvais esprit. Passons à la critique du contenu[2]. Les choses à retenir sont :
- que
le savoir a trop longtemps été placé au dessus de tout
. Les résultats du bac en augmentation perpétuelle prouvent le contraire : si le savoir était aussi important que cela, le taux de réussite au bac serait bien moindre. - que
la personnalité de l'enfant à trop longtemps été négligée
. Il faut dire que d'une part, depuis quelques années on assiste à une recrudescence des cas de dyslexie, de dysorthographie (et j'en passe) dont il faut tenir compte, et de l'autre on augmente le nombre d'élèves par classes. Qui est donc responsable de cette négligence? On ne parlera pas non plus de la disparition progressive des CoPsy, disparition programmée et commencée depuis longtemps; - que
le métier est devenu difficile et parfois ingrat depuis que la violence est entrée dans l'école
. Faux : il est devenu ingrat depuis que la classe dirigeante a commencé à dénigrer les enseignants (souvenez-vous c'était au vingtième siècle, temps d'allégresse); - que
les établissements auront une plus grande autonomie
,les élèves moins d'heures de cours
,les profs mieux payés en travaillant plus
... si ce n'est pas le retour annoncé de la promotion au mérite, je ne sais pas ce que c'est. En tout cas je n'y vois rien de bon en l'état des choses.
Bon, contrairement à ce que j'ai dit plus haut, j'ai commencé à lire la lettre (en attendant de la recevoir physiquement), et j'aurais bien d'autres choses à dire. Ce qui me lasse, c'est de voir que, comme d'habitude, on tape directement ou pas sur les enseignants, ont fait des constats sur des états, constats qui ne sont que le résultats de mesures appliquées par le/les gouvernements précédents et appliquées bon gré mal gré par les enseignants, exécutants car fonctionnaires d'Etat. C'est d'ailleurs beau de voir que, comme d'habitude, ce qui était bien hier et finalement mal aujourd'hui, avant de redevenir bien demain, comme à chaque fois. Je ne sais pas du tout comment va évoluer le statut des enseignants, mais ce qui est sûr c'est qu'on va encore déguster, comme d'habitude, et je vois mal comment on pourra changer ne serait-ce que l'opinion que les français ont des nantis de prof.
Conclusion : je vais finir par devoir mettre mon CV en ligne.
Edit du 12/09/07 : je stresse. J'ai bien reçu le message électronique annonçant l'arrivée prochaine de cette magnifique missive dont je ne comprends pas le rapport entre le titre et mon métier. En attendant, je suis autorisé à aller le télécharger sur un site, gratuitement à priori.
Notes
[1] D'ailleurs j'aurais bien voulu savoir si le pourcentage des postes non remplacés dans le public était plus élevé que celui des postes non remplacés dans le privé.
[2] Bien évidemment, je n'ai lu que le résumé : nous sommes en pleine période de rentrée scolaire, j'ai autre chose à faire que de lire 32 pages de mots qu'un journaliste est capable de résumer en 3 phrases.
Commentaires
Ouaip, moi aussi je fais les petites annonces (vrai en plus !)
Ras le bol de cautionner tout ça en restant dans cette galère....