Jusqu'à présent, j'avais plutôt une vision idéaliste du fait de posséder un animal. D'ailleurs le verbe là, posséder me gène mais c'est l'usage...

Je fais donc parti de ceux qui, lorsqu'ils possèdent une bestiole, essaient d'en savoir le plus possible sur elle, plutôt que de rester basiquement béat en répétant : oh qu'il est beau mon toutou/minou ... ce qui est valable pour un chien, l'est pour une fourmi. Pourquoi je parle de fourmis? Tout simplement parce que leur élevage prend de l'ampleur, et ce n'est pas forcément une bonne chose dans la mesure ou la mode est aux fourmis de couleur ou ayant une particularité précise, tout comme le husky à les yeux bleus (ce qui n'est pas une règle d'ailleurs). Simplement, avant de continuer, juste une petite précision : il n'est en aucun cas question de dire que tel ou tel site et nul/super. Je vais simplement exprimer mon point de vue sur une seule chose : posséder un animal, quel qu'il soit, peut vous faire passer pour un débile, un danger ou vous faire progresser dans la connaissance ou en tout cas vous rendre un peu plus cultivé, le savoir n'étant pas inné chez l'humain.

Oui, j'ai un chien. Non je n'ai pas pris un chien nordique (totalement débile en région méditerranéenne), ni un molosse (je n'en ai pas l'utilité)... mon choix a toujours été tourné vers une des races (et non une seule race) possédant des capacités sportives, au maximum de taille moyenne (moins de 25 Kg environ, même si là c'est loupé car je suis tombé sur un individu version XXL de la race), et sociables, pouvant supporter éventuellement des conditions climatiques difficiles[1]. Oui je l'ai éduqué : une éducation est obligatoire quelle que soit la race sinon on assiste à des drames. Cette éducation ne passe pas forcément par un dresseur professionnel, mais elle passe obligatoirement par l'éducation du maître en plus de celle du chien. Pour un individu normal sachant lire, ça ne pose pas de problème. En conclusion, un chien heureux connait les limites qu'il sait ne pas devoir franchir, connait sa place dans la meute, et la suit partout (le coup du chenil systématique pour les vacances, très peu pour moi). Le pédigree? Le chien s'en fout, certains prennent ça pour du snobisme, d'autres voient ça à l'échelle de la race et respect du travail de sélection fait en amont. D'ailleurs mon chien a du passer le TAN (avec succès) par la même occasion, preuve de sa qualité génétique et donc du bon travail fait par les éleveurs. Non je ne dirai pas sa race d'appartenance, ce n'est pas un type de chien à mettre entre toutes les mains, puisqu'il a besoin de faire énormément de sport (ce qui ne fait pas de mal à l'ex ligne de playboy du maître ;) )...
Donc quand on voit des idiots prendre un chien parce qu'il est beau, ou qu'ils ont vu le même à la télé, c'est débile.

Ok, mais les fourmis? J'y arrive, car ce qui se passe pour les chiens, chats et autres NAC se passent aussi pour les fourmis.

Choisir d'élever des fourmis c'est faire un choix en tenant compte de critères, parmi lesquels :

  • prendre une espèce présente naturellement sur le lieu d'habitation. Nous sommes chez des insectes, et les cas d'espèces invasives ne sont pas rares, le dernier en date concernant un frelon venu de Chine, Vespa velutina de son petit nom;
  • quels sont ses besoins alimentaires, hygrométriques, thermiques.. et vais-je pouvoir reproduire ces conditions en captivité?;
  • pourrais-je partir en vacances, avec quelles précautions et pendant combien de temps?
  • enfin, bien faire attention aux espèces protégées, on ne fait que regarder avec les yeux dans leur milieu de vie naturel.

Voilà pour les critères essentiels. Une fois qu'on a fait ce travail, on en sait déjà beaucoup plus sur ces bestioles, on a fait des progrès dans leur détermination, et surtout on a parcouru pas mal de forum/livres/terrains histoire de se familiariser avec tout ça. Malheureusement, ce travail n'est pas fait, c'est ce qui ressort des motivations lues ici ou là sur différents forums.

Ensuite il convient de déterminer le meilleur moment pour acquérir une gyne (synonyme de reine) de l'espèce qui nous intéresse, et là ça dérape encore :

  • la trouver soit même, après un essaimage et dans un délai raisonnable pour éviter de détruire une fondation (i.e. une colonie naissante, soit une gyne avec peu d'ouvrières);
  • bénéficier d'un don d'un ami, ou en passant par un forum ou n'importe quoi d'autre. Je me situe dans le cas ou quelqu'un qui sait vous donne une gyne et vous indique les précautions à prendre, ce qui a été le cas pour ma première Crematogaster scutellaris, laquelle se porte toujours bien.
  • l'acheter, mais là, on ne sait pas dans quelle condition la gyne a été prélevée, car ne soyons pas aveugle, les essaimages en captivités ne sont pas légion. Acheter une fourmi est donc équivalent à acheter un chiot venant des pays de l'est et transporté dans des conditions déplorables. A mais c'est sûr que c'est la meilleure méthode pour arriver à posséder des fourmis fashions, bien jaunes (au hasard, pauvres Lasius flavus).

Comme vous pouvez le voir, les 3 méthodes peuvent poser problème. Et là ou ça m'énerve c'est quand la première méthode est utilisée sauvagement. Je comptais vous faire part de l'évolution de certaines colonies que je m'amuse à suivre dans la nature, ce sera fait mais dans une section sécurisée, car certains débiles prélèvent les gynes dans n'importe quelle condition, même si ça doit provoquer la mort de la colonie ayant ainsi perdu sa seule génitrice. D'autres prélèvent des quantités astronomiques lors des essaimages, d'autres encore prélèvent les gynes tardivement, en oubliant qu'elles ont potentiellement pu commencer à pondre.
Mais ça encore, ce n'est pas le pire.
Le pire c'est quand certains élèvent sans aucune compétence des espèces vivant de préférence à l'opposé de l'endroit ou ils habitent (espèces méditerrannéennes dans le nord de la France, ou l'inverse...) avec tous les risques. Le coup du l'hiver est froid là-bas, elle ne résisterait pas si elle s'échappait est fallacieux : les immeubles/maisons sont très bien isolés... On a d'ailleurs sortie la même excuse pour les tortues de Floride juste avant de la relâcher dans une mare car elle était devenue trop encombrante. On connaît le résultat.

Bref, en ce moment, plein de monde se retrouve avec des fourmis en élevage. Ils ne connaissent rien (ça c'est plutôt normal au début) mais ne cherchent pas non plus à connaître grand chose et se reposent toujours (par fainéantise) sur une communauté de passionnés[2]. Ce qui les intéresse c'est le côté look de la bestiole ou le côté original de la possession d'une telle bestiole que les copains n'ont pas. Leur motivation de départ? Bien souvent ils ont lu et adoré Werber, sauf que lui a écrit un roman, donc qu'il raconte une histoire (pas terrible d'ailleurs), il ne s'agit en aucun cas d'une encyclopédie!

L'avantage des fourmis sur le chien? Quand on en a marre ça se tue, libère, oublie très facilement et incognito...

Notes

[1] les chiens-chiens à sa mémère très peu pour moi.

[2] Ce qui leur permet de ne pas trop chercher à progresser dans la reconnaissance des différentes fourmis, ne serait-ce que de façon sommaire. D'ailleurs on les repère facilement car il faut souvent leur répéter plusieurs fois ce qui est écrit dans différents tutoriels/productions/fiches de conseil disponibles sur les sites, et ce, en pure perte bien souvent.