prof de SVT : mais qu'est-ce que c'est?
Par Stéphane Bonhomme le lundi, juin 4 2007, 21:20 - Education - Lien permanent
Dans la mesure ou les réformes à moitié engagées et les coups (bas) pleuvent de tous côtés, il serait temps de rappeler ce qu'est un enseignant en général, de SVT en particulier.
On est donc bien d'accord que je ne vais pas du tout aborder le cas de ceux qui ont fait des études n'ayant aucun rapport avec une envie de devenir enseignant, et qui le sont devenus plus par défaut que par réelle envie, ni de celui qui a fait les études ad'hoc pour se la couler douce après.
Un enseignant est quelqu'un qui est passionné par un thème, un sujet. Il a d'ailleurs fait ses études en fonction de ses centres centres d'intérêts et ça l'a amené bien souvent à au moins bac +4. Ensuite, il a sauté le pas : faire partager sa passion aux autres. Il a donc passé un concours dans lequel la concurrence est rude. Un prof de SVT est donc avant tout un biologiste (et je ne détaille pas toutes les spécialités possibles), ou un géologue ou un naturaliste... Il se situe à un niveau de connaissance tel qu' il est capable d'être très pointu dans son domaine, et a des notions solides dans tous les autres domaines qui sont liés (exemple : pour chercher un arthropode quel qu'il soit, il faut connaître son biotope, donc la flore qu'il cottoie, les paramètes physico-chimiques qu'il apprécie, le substrat qu'il fréquente). D'après cette définition, vous aurez compris que le prof de bio est avant tout un passionné. Ce que je viens de dire pour les SVT est valable pour toutes les autres disciplines. Ainsi l'histoire-géographie, la physique-chimie, les mathématiques (algèbre et géométrie)... Vous avez remarqué? A chaque fois que je cite plusieurs disciplines elles correspondent toutes à une seule matière enseignée. La conclusion est donc que l'enseignant sérieux et motivé, bref le passionné, est déjà et est véritablement compétent dans plusieurs disciplines tout en enseignant une seule matière.
Alors ou est le problème? Partout.
Concernant le temps de travail : un enseignant ne fout rien!
Ce sujet a déjà été traité sur le blog d'un confrère, je vous invite donc à lire (ou relire) ce qui en a été dit. Je me permettrais juste une petite réflexion, inspirée en partie d'une discussion avec un collègue.
Qu'est-ce que le temps de travail au fait? Faut-il compter à partir du moment ou on entre dans son entreprise/usine/établissement ? Si oui, alors comme je fais parti de ceux qui arrivent avec 30 à 45 minutes en avance, y compris le matin, si on compte le total des heures passées sur le lieu de travail ça me fait déjà 4 heures supplémentaires par rapport au temps que je suis censé enseigner (en ayant compté la pause repas d'une heure, temps que certaines années j'étais obligé de réduire à 30 minutes car je n'avais pas plus entre les cours) avec un maximum de 10 heures dans la même journée (mais c'est sujet à variations d'une année à l'autre, ça peut être pire d'ailleurs). Tout ceci c'est bien sûr hors temps de remplissage de bulletins et de livret scolaire et de conseils de classe... et de travail de préparation bien sûr. ... La seule fois ou j'ai pu dépasser 10 heures de travail d'affilé, c'était en prépas pendant que je préparais le concours d'entrée pour devenir enseignant. Le rythme était infernal pendant plusieurs mois d'affilés. Donc, là ou je veux en venir, c'est que si le temps de travail est assimilé au temps passé dans son entreprise/usine alors je comprends mieux comment certains font pour travailler 12 heures par jours et ce depuis des années, tout en se portant à merveille : les pauses café, cigarette et j'en passe ça compte aussi[1].
Du côté du grand public, le prof est un fainéant privilégié.
Je ne vais pas refaire ce que j'ai déjà écrit dans un autre billet, mais je défie n'importe qui d'avoir une maîtrise, de passer un concours ou les places sont très chères et se retrouver devant plusieurs dizaines voire centaines d'élèves par semaine s'il n'en n'a pas la vocation. On en voit beaucoup qui réussissent le concours, mais ils ne restent pas longtemps. D'autres sont plus malins (et exploités), ils interviennent en tant que vacataires et se rendent compte qu'ils ne sont pas faits pour ça.
Dans une société ou c'est l'argent qui prime, faites plutôt un travail manuel, ça rapporte plus, et en choisissant bien, vous aurez droit à des RTT, un CE et j'en passe...
Du côté des dirigeants de la nation.
La logique est comptable et la vision souvent biaisée par de (mauvaises) expériences personnelles ou de proches.
Malgré tout, il faut faire attention au brouillage médiatique quand même. Ainsi, par exemple, les seuls élèves que j'ai vu tutoyer un enseignant étaient en maternelle, éventuellement en primaire, le reste est anecdotique. Qu'on s'arrête longtemps sur ce genre de chose est franchement idiot, ou alors c'est un nuage de fumée qui cache autre chose? De toute façon, pas de quoi fouetter un chat.
Le décret qui nous préoccupe, que fait-il? Du neuf avec de l'ancien. Les PEGC (professeur d'enseignement général de collège), ces enseignants multi-disciplinaires, ont disparu avec l'augmentation des effectifs des élèves et avec la volonté politique de s'en débarasser. Les nouveaux PEGC sont donc les certifiés et les agrégés. Dans quelques années, quand le baby-boom de l'an 2000 arrivera au secondaire, que va-t'il se passer? On inventera un nouveau diplome pour avoir des enseignants officiants dans une seule discipline? De toute façon, enseigner les SVT c'est enseigner de fait plusieurs disciplines.
La comparaison avec les autres systèmes éducatifs me fait bien rire. Pour résumer, on attend de nous qu'on enseigne deux matières (comme en Allemagne), avec des horaires à rallonge (comme en Allemagne aussi) et avec un salaire de prof sacré de Finlande. Seulement voilà :
- En Finlande le recrutement devient problématique : faire autant d'années d'étude pour un salaire minable ce n'est pas très attirant,
- en Allemagne ils disposent d'un salaire équivalent à 2 fois (au moins) celui que nous touchons en France : dans ces conditions je veux bien enseigner deux matières (pas n'importe lesquelles non plus) et ce, 21 heures par semaine (comme en Allemagne), puisque ça revient à travailler plus pour gagner plus...
Dans la réalité française, un enseignant travaille de plus en plus, pour rien. Un exemple? On vient de faire passer une épreuve d'évaluatuion des capacités expérimentales (ECE) à des élèves de terminale S. Il s'agit d'une épreuve du bac. Le temps de préparation/concertation (non chiffrable car distillé sur une plus ou moins longue période) ainsi que celui d'évaluation (7 heures), tout ceci a a été fait bénévolement. Et ça va loin car il n'y a même pas eu de crédits supplémentaires pour permettre l'achat de matériel (donc il faut gréver les crédits d'enseignement pour pouvoir faire passer ces épreuves). Quand on dit que le bac est un examen qui coûte cher, c'est administrativement parlant, parce que du côté des personnels, il faut parfois attendre 1 an pour être payé pour avoir corrigé des copies de l'écrit du bac (il n'est pas rare que le remboursement intervienne juste avant la réception de la convocation à la session suivante). Vous en connaissez beaucoup de profession ou ça se passe comme ça?
Les syndicats, lueurs d'espoir? Vous rigolez !
Si la profession en est là, c'est en grande partie à cause d'eux. Les grands syndicats (fortement politisés d'ailleurs) ne remplissent plus leur rôle : défendre une profession. Ils sont là pour toucher leurs subventions, critiquer, mais pas trop fort, s'enfermer dans des trucs qui ne mènent à rien et en oublient l'essentiel : conditions de travail et salaire. On en parle beaucoup ces derniers temps, c'est d'ailleurs ça qui est marrant : après avoir longtemps privilégié l'emploi sur le salaire, la profession va perdre des emplois lesquels seront sous pression, et les salaires n'augmentent plus depuis des années[2]. Aussi l'émergence de syndicats non politisés, et dont les rangs grossissent, fait grincer beaucoup de dents, et pas que des dents ministérielles.
L'enseignant du futur.
Très facile à imaginer : un technicien de l'enseignement. Il serait planqué derrière un ordinateur pour envoyer cours et exercices aux élèves. Il animerait une grande messe hebdomadaire histoire de faire des séances pratiques (oraux, travaux expérimentaux...) à moins que le budget l'oblige à mimer les expériences, et une autre messe mensuelle au cours de laquelle on met tout le monde dans un amphithéâtre géant pour passer une épreuve de contrôle vérifiant si les connaissances sont acquises mais ne sanctionnant rien. Le prof du futur fera plein de choses avec plein de monde à la fin en étant bon en rien. mais avantage sublime, il ne couterait pas cher à l'état (ou la location d'une salle éventuellement et un salaire pour 4 disciplines). Dans le pire des cas ils le remplacent par un ordinateur envoyant automatiquement les cours faits à l'avance par une comission centrale s'étant réunie avec le pouvoir exécutif afin de déterminer ce qu'il est bon que les élèves sachent... zut j'ai dérapé là.
Notes
[1] De toute façon on nous dit que le travailleur français possède une des meilleures rentabilité au monde en ne travaillant que 35h. D'un autre côté on dit qu'il faut travailler plus, sachant que ce n'est pas possible étant donné le niveau d'automatisation qui existe dans notre pays... quand on mélange tout ça fait n'importe quoi, mais c'est un autre problème.
[2] depuis que je travaille, il n'y a jamais eu d'augmentation égalant l'inflation officielle, par contre ont trouve toujours des prétextes pour demander un effort supplémentaire aux enseignants.
Commentaires
Tu te fatigues à écrire tout cela, mais comme d'habitude les personnes concernées le savent et le reste de la population, toujours sous l'influence de la propagande médiatico-gouvernementale, nous hais (et même plus que d'autres fonctionnaires). Je pense que cet écrit est fait pour lâcher la pression, comme dans les autocuiseurs.
J'avais à peu près les mêmes choses à dire, voila c'est fait; merci !
Ben oui, idem que tous les 2 bien sûr... mais tous ceux qui ne sont pas profs ne peuvent pas comprendre, bien aidés par les clichés qui ont la vie dure.
Cela dit, moi, j'aime ma bivalence math-sciences. Mais elle n'est valable que parce que nous faisons des math appliquées, et pas des math pour les math. Ce qui est donc appliquable pour ce couple de matières en LP ne l'est effectivement sûrement pas en lycée général.
Disons surtout que comme c'est fait, c'est à dire pour faire des économies et rien d'autre, l'argument de la bivalence (voire de la tri- ou poly-) est vraiment pernicieux.