On commence par l’expression à la mode, à savoir le vote utile. Qu’est-ce que c’est que ce truc? Aucune idée.
Utile pour qui d’abord? Pour un candidat qui pense que son programme n’est pas assez intéressant et qu’il risque de ne pas figurer au second tour? Ou utile pour un candidat qui ne brille pas par ses prestations oratoires et montre ostensiblement à quel point certaines questions peuvent le crisper, du coup montre par la même occasion que la diplomatie, synonyme d’hypocrisie complice des nations, n’est pas son fort? A moins, mais je n’ose y croire, que ceci implique qu’il est fortement recommandé de voter pour l’un des 4 candidats en tête dans les sondages, c’est à dire, histoire de bien clarifier les choses, qu’il s’agirait de voter pour l’un des 4 candidats que 800 à 1000 personnes ont désigné comme étant les meilleurs. Laissez-moi rire! On estime donc que les autres ne serviraient à rien et qu’il est totalement inutile, en tout cas pas utile, d’avoir d’autres idées que celles défendues par le quarté de tête? Si ça c’est de la démocratie, ça doit être vraiment horrible de vivre dans une dictature intellectuelle.

Passons aux consignes de vote. Personnellement, à l’issue d’un premier tour d’élection, j’ai toujours été partagé entre le franc éclat de rire et une franche indignation quand un candidat, ayant échoué, se sent obligé d’indiquer à ceux qui ont voté pour lui que ce serait bien d’aller voter pour tel autre candidat. Là encore deux hypothèses semblent envisageables :

  • la première serait qu’en fait, ce candidat qui n'a pas pu être sauvé par ses électeurs, s’adresse à ses militants, lesquels ayant payé pour adhérer à la même formation politique que leur poulain, sont totalement démunis en cas de défaite et ont besoin qu’on leur explique pour qui aller voter au tour suivant. Dans ce cas cela ne représente pas grand monde par rapport au nombre total d'électeur, sauf si seuls les militants ont voté pour ce candidat bien sûr.
  • la seconde, mais ce n’est pas la plus plausible bien sûr, serait que le candidat ayant échoué se sente propriétaire des voix qu’il a pu recevoir et, s’estimant le leader naturel de tout ce beau monde, éclaire sa défaite d’un trait de génie en précisant pour qui aller voter au tour suivant (de façon direct ou pas d'ailleurs).

Bref, dans tous les cas on a parfois l’impression que si les élections se passaient sans électeurs, mais avec des jeux de cartes plus ou moins pipés par des sondages annonçant en permanence les cartes supposées être possédées par les autres, ça soulagerait les candidats d’une angoisse insoutenable qui tient en une seule phrase : et si l’électeur de base, un peu panurgien sur les bords, se foutait totalement de ce genre de chose? Il aurait très bien pu prendre conscience que ce n’est pas à un autre de lui dicter ce qu’il doit faire, la vraie liberté étant de voter pour qui on veut, en fonction de ses convictions personnelles et non en fonction des convictions des autres, ou tout simplement pour éviter de faire tâche au sein du groupe social auquel on appartient.

Tout ça pour rendre hommage aux cabris et autres agneaux engloutis par les français en cette période de Pâques... en attendant les couleuvres post-électorales.