Le printemps arrive, les fourmis aussi
Par Stéphane Bonhomme le dimanche, mars 18 2007, 08:20 - Chroniques de jardin - Lien permanent
C'est quand même parfois surprenant tout ce qu'on peut trouver dans un jardin, dès qu'on se baisse un peu. En tout cas l'hiver semble terminé au moins pour les fourmis et ce n'est pas pour faire plaisir au jardinier du dimanche que je suis qui vient juste de semer quelques graines de gazon là ou, justement, il n'y en avait pas. On se demande bien pourquoi.
Alors, la première dont je vais vous parler ici porte le doux nom de Messor structor (photographie ci-dessous).

Que font-elles? Cette bande d'hyménoptères pratique la rapine et se servent dans le jardin pour récolter des graines (de préférence, celles que je viens de semer). Comme vous pouvez le voir, elles n'ont pas toutes la même taille puisque les besogneuses ont des mensurations allant de 4 à 9 mm de long. Pour voir d'autres photos rendez-vous sur cette page dans les annexes du site acideformik.
Comment j'en suis arrivé là? Non, non, je ne suis pas devenu amoureux fou des fourmis, mais ça fait partie des quelques arthropodes auxquels je ne m'étais encore jamais intéressé. Tout à commencé par une discussion concernant la macrophotographie avec un collègue qui m'a montré des photographies de fourmis pour illustrer ses propos. De fil en aiguille je me suis retrouvé à zoner sur acideformik.com et à faire chauffer moteurs de recherches, à dépoussiérer de vieux bouquins de classification animale et d'autres de biologie animale.
Bref, tout ça pour dire que, dans mon jardin on trouve, en plus de celles citées plus haut :
- des Crematogaster scutellaris (photographies)
- des Lasius emarginatus (photographies)
- des Camponotus lateralis (photographies)
- des Camponotus fallax (photographies)
- des Camponotus aethiops (photographies)
- des Camponotus truncatus (photographies)
J'ai trouvé ça tout seul? Non, la taxonomie des fourmis est une horreur car d'une part la bête est petite, ne se laisse pas forcément attraper, et les détails à voir nécessitent un fort grossissement. Donc seul, c'est très (et même trop) difficile dans un premier temps. En prime, les clefs d'identifications sont plutôt rares voire difficiles à trouver en français[1], incompréhensibles si on n'a pas de bonnes connaissances sur l'anatomie de la bestiole. Vous pouvez tenter la chose avec le livre de J.Bondroit (1918) Les fourmis de France et de Belgique (format PDF), ou bien jeter un coup d'oeil sur la page dédiée d'Acideformik par exemple. Et si vous n'y arrivez pas, une question correctement formulée sur ce forum, devrait vous permettre de trouver la réponse.
Bon là, histoire de rigoler un peu, on va compléter la classification déjà commencée à l'occasion d'un précédent billet. Vous savez donc déjà ce qu'est un insecte. On continue. Une fourmie appartient :
- à la sous-classe des ptérygotes (du grec petron pour aile) car elles ont deux paires d'ailes (sur le deuxième et le troisième segment thoracique),
- à la section des néoptères car leurs ailes ailes possèdent un champ jugal (aussi appelé neala) et se replient en arrière au repos,
- à la division des holométaboles car elles subissent une métamorphose complète avant d'atteindre le stade adulte (depuis l'oeuf, la larve puis la nymphe et enfin l'imago, c'est à dire l'adulte),
- au super-ordre des mécoptéroïdés car les ailes sont plus longues que le corps de l'insecte,
- à l'ordre des hyménoptères car les ailes membraneuses (du grec hymenos pour membrane) antérieures (les plus grandes) sont couplées aux ailes postérieures (les plus petites) grâce à des crochets[2].
- au sous-ordre des apocrites car le premier segment abdominal ou propodéum est entièrement fusionné au thorax.
Magnifique système RECOFGERVI n'est-ce pas? Ah ben tiens, j'ai oublié la famille, mais là vous vous en doutez, il s'agit de celle des formicidae.
Des images sans doutes? Allez voir sur cette page tirée d'un site qui gagne à être connu : aramel.free.fr.
Vous suivez encore? Bon ça c'était le plus simple, parce que maintenant, pour savoir ce que c'est que vous avez sous les yeux, on va vous parler de nombre de segments thoraciques, de nombre d'articles d'antenne, de la taille des yeux, de la forme du pétiole, de l'aspect de l'orifice cloacal, de la taille des palpes maxillaires et j'en passe, tout ça pour déterminer la sous famille, le genre puis l'espèce de ce que vous voyez. Vous pouvez vous amuser en suivant cette clef d'identification simplifiée, en gardant à l'esprit qu'elle est en construction. Je ne résiste pas à l'envie de vous donner un aperçu de la diversité du monde des fourmis sur le site tolweb, qui utilise lui, une classification phylogénéique, plus dans l'air du temps.
Notes
[1] Il faut croire qu'en France, sorti des papillons et des coléoptères, il n'y a pratiquement personne.
[2] Et là vous vous dites : l'est marrant lui, mais une fourmi n'a pas d'ailes... Et vous avez raison si l'on parle de celles que l'on voit habituellement (les ouvrières). Par contre les sexuées (princes et princesses), sont pourvues d'ailes : qui n'a pas vu en début de soirée des nuées de fourmis ailées s'envoler?).
Commentaires
C'est un travail de fourmi que tu as fait là ! La photo est-elle ton oeuvre, conditions de prise de vue (appareil, accessoires) ?
Et comment luter contre ces petites bebêtes, lutte non toxique bien sûr.
Pour les photos en extérieur, j'utilise un bridge (Canon powershot pro1, plus en vente), ici avec un 50 inversé (piqué à un vieux réflex argentique) et un mode rafale, le tout avec une luminosité naturelle forte.
En intérieur c'est plus compliqué, j'en parlerai plus tard, mais tu peux avoir une idée en suivant un des liens cités plus haut.
Donc oui, cette photo est de moi, comme d'autres que tu trouveras dans les annexes du site cité plus haut, sous mon pseudo habituel.
Lutter contre ces bestioles, je n'ai pas cherché. La terre étant argileuse, arrosage plus compression de la terre les embettent quelques heures (elles ouvrent une galerie ailleurs) et ça empêche l'herbe de pousser en plus :) Ou alors lâcher chien et enfant jeune sur la "pauvre" fourmilière, mais là aussi l'efficacité est limitée :)
Magnifique photo effectivement ! Chapeau bas.
Tu pensais jeter un oeil sur les Formicidae, et c'est le doigt qui passe dans un terrible engrenage. Un pied fantastique avec le comportement, l'élevage, la photo, une biblio à digérer à bras le corps. Et avoir du nez pour assister aux essaimages, moment émouvant du vol nuptial...
Pourquoi vouloir lutter contre les fourmis ? Quels maux font-elles ? C'est à nous de s'adapter. Les semences ne sont prélevées que pour des graines non germées (gazon en hiver, il n'en resistera que mieux) par les fourragères dans le sud, les Messor qui portent bien leur nom . Mettre à germer les graines dans l'eau avant de les enterrer, elles trouveront bien un nigaud pour les servir en quelque lieu. Ou leur proposer en un autre lieu des graminées . Entre la cantine et le resto, faut pas les chercher non plus.
La lutte biologique des pucerons ( savon noir) demeure possible . Et encore : se promener et observer les ouvrières à l'ouvrage ôte toute envie de les faire fuir chez le voisin.
J'ai cessé de les combattre, mieux je les invite, pour un plaisir partagé. Le jardin ne s'en porte pas plus mal. Quoique si, j'en prends plein les yeux.
La liste des espèces de ton jardin va s'allonger, regarde bien. Nuit et jour, du matin au soir, à chacune son heure ou sa saison. Et continue de nous les faire partager ! C'est un régal.