Alors, Bécassine ou Guignol pour président?
Par Stéphane Bonhomme le lundi, janvier 8 2007, 16:48 - Opinion - Lien permanent
Z’avez remarqué, je suis courtois, j’ai cité la dame en premier. Mais de quoi va-t’il parler avec un titre pareil? Simple, de l’actuelle et précoce campagne des futurs élections présidentielles qui, à mon humble avis, sont plus proches de la Commedia dell'arte que de quelque chose de véritablement sérieux, en tout cas à l’heure ou je vous jette en pâture ces quelques mots.
Ceci dit, avant d’aller plus loin, je tiens à rassurer le lecteur novice de ce blog : je revendique n’appartenir à aucun courant de pensée quel qu’il soit, estimant d’une part qu’il y a de bonnes idées dans tous les camps (ou presque tous) et de mauvaises idées dans tous les camps (sans exceptions), et d’autre part, appartenir à un parti quel qu’il soit, me ferait la même impression que d’avoir intégré une secte : les avis divergeants de la position officielle étant souvent étouffés, minorés voire bannis bref, c’est tabou de ne pas être d’accord avec les chefs.
Alors qu’avons nous pour l’instant. D’après les médias, ô combien omniscients et totalement neutres comme il se doit, il n’y a que deux candidats soit disant différents, mais ça on peut en douter car :
- chacun a sa candidature légitimée par son camp au prix d’un long processus démocratique à savoir :
- un débat à côté de ses concurrents mais sans dialogue, en répondant à des questions connues à l’avance et dont la réponse a été rédigée par des bataillons de conseillers, pour finalement être choisi non pas pour défendre un projet, mais parce qu’il a été dit que c’était la meilleure chance de battre le camp adverse. Bon après on a assisté au truc habituel de tu sais que je t’aime bien, même si j’ai dit des choses mauvaises sur toi, et je veux bien faire parti de ton futur gouvernement;
- un débat très court et basé sur le même mécanisme suivi d’élections dont il n’est même pas utile d’attendre les résultats.
- chacun met un point d’honneur à taper sur une catégorie de "gens"[1] :
- l’un les profs;
- l’autre les magistrats.
- Chacun a plein d’idées mais :
- l’un attend que les français les rédigent pour lui. C'est bien pratique car ça permet de pouvoir envisager tout et son contraire, la sagesse populaire ayant pour égal la connerie des gens. Il ne manquerait plus que des micros espions soient installés dans des bars pour espionner les piliers spécialisés dans l’élaboration d’idées très originales et populaires parfois, contradictoires souvent.
- l’autre les garde pour plus tard, ce qui est également bien pratique pour pouvoir proposer plus ou alors mieux que le premier cité.
- Ensuite en vrac :
- l’un a des convictions : les français ont raison, les délinquants à l’armée, les corridas c’est beau, plus quelques citations piochées dans la culture religieuse et/ou dans les proverbes des pays visités;
- l’autre aussi : karsher à forte pression, la sécurité pour tous tout en jouant avec les couleurs de Vigipirate.
- Tous deux ont bien pris soins de signer tous les pactes à la mode : sauvons la planète et autre les sans-abris à l’abri... ça ne les engage à rien finalement, car si toutes les promesses de campagne avaient un jour été concrétisées par un seul candidat, celui-ci aurait été élu et réélu jusqu'à ce que mort s'en suive.
- Enfin, l’un a une garde robe immaculée et bicolore, l’autre en a une plus sombre... ça a failli faire le rouge et le noir cher à Stendhal, à moins que votre culture ne dépasse pas Jeanne Mas.
Et au final que reste t’il ? Rien, car tout ça n’est que de la com, du vent, du tape à l’oeil, du vide, du néant, de l'attrape-nigaud. Alors pourquoi on nous en parle tous les jours? Tout simplement parce il semblerait que dans une élection présidentielle dite démocratique, dans laquelle tous les candidats disposent du même temps de parole mais pas du même temps d’exposition aux médias, le candidat élu ne l’est pas pour ses idées, ni pour son programme éventuel, mais plutôt par son taux d’occupation de la mémoire visuelle de l’électeur... Or, il paraît que c’est grâce au cerveau que la vision est possible, il serait donc bon de montrer qu’il existe quelques connexions encore actives entre le cortex visuel et tout le reste de l’encéphale, histoire d’élire quelqu’un sur le fond et non pas sur la forme. Et ne cherchez pas, le candidat du coeur n’existe pas, celui de la raison peut être, mais c'est selon vos opinions, et ce ne sont pas ceux qui brillent le plus qui sont les mieux placés pour gouverner un pays, parce que c’est bien de ça qu’il s’agit, oeuvrer pour le développement, le rayonnement d’un pays et pour le bien être de ses habitants.
Sur ces bonnes paroles, je retourne regarder la télé cerveau éteint.
Notes
[1] Au sens péjoratif, c'est à dire qu'il faut comprendre la bande d’idiots peuplant le pays à qui il faut bien demander de voter pour soit et surtout pas pour les autres et donc ceci explique pourquoi il faut taper sur une catégorie de gens pour que les autres vous aiment.