Pour ceux qui ne le savent pas encore, un TZR est un Titulaire sur Zone de Remplacement (ZR), en résumé, un enseignant, fonctionnaire titulaire, mais affecté non pas dans un établissement, mais sur une ZR ayant la fâcheuse habitude de s'agrandir régulièrement au gré des réformes et autres retouches successives. A quand une ZR grande comme un département?[1]
Sa mission : effectuer le remplacement d'enseignants défaillants (peu importe la raison) pour des absences allant de 2 semaines à l'année entière, et trop souvent sur plusieurs établissements (tant qu'à faire), histoire de bien lui remplir l'emploi du temps. Dans l'académie ou j'officie, seuls 45% (source SIAES) des TZR ont pu recevoir une affectation à l'année, ce qui signifie être nommé uniquement pour une année scolaire sur un établissement pour les plus chanceux et jusqu'à 3 établissements pour ceux qui ont dû faire quelque chose de mal dans une vie antérieure. Si à la rentrée il reste malgré tout des petits trous, on fait appel à des contractuels, des vacataires, c'est à dire des enseignants jetables (pour reprendre l'expression d'un collègue), non fonctionnaires, n'ayant reçu aucune formation, donc formé sur le tas, tout seul comme des grands.

Bref, vous l'aurez compris, les 55% qui restent font parti de la réserve opérationnelle en cas de coup dur. En clair, ils ne foutent rien (mise à part pointer dans leur établissement de rattachement pour y faire tout et n'importe quoi, tout est fonction du chef d'établissement en fait) et en ont marre, le vivent mal, se sentent inutiles, délaissés, voire même ignorés par certains collègues qui les prennent pour des sous profs.

Leurs espoirs?
Ne pas se retrouver à devoir faire un remplacement longue durée hors zone de remplacement, parce que ça signifie beaucoup de kilomètres, une ISSR au taux ridicule, en plus du reste.

Obtenir un poste fixe l'année suivante, mais l'espoir est mince à cause du système de mutation le plus inégal de la fonction publique : en cas de mutation, tous les points d'ancienneté dans le poste sont perdus, donc pour ceux qui se retrouvent TZR malgré eux, la pilule a du mal à passer. Rajoutez :

  • que le fait d'être TZR n'offre plus aucune bonification dans l'acquisition de points d'ancienneté (en gros leur nombre de points augmentent aussi lentement que pour ceux nommés en poste fixe),
  • que tous les stagiaires bénéficient de points de bonus parce qu'ils sont jeunes[2] et ont donc beaucoup de points pour muter...,
  • qu'avoir des enfants ne compte pas, sauf si vous êtes prêts à accepter n'importe quel poste,
  • qu'étant dans une académie du Sud, beaucoup trop d'enseignants dépensent leurs nombreux point pour venir y finir leur carrière,
  • que le nombre de postes disponibles diminuent,

et le TZR nouvellement nommé se rend compte qu'il ne lui reste plus qu'à rouiller dans son coin pendant plusieurs années. Alors on lui sert du il ne faut pas faire la fine bouche non plus pour avoir un poste fixe. Oui mais :

  • les postes qui restent disponibles sont à complément de service (c'est à dire qu'on se retrouve nommé sur deux établissements mais en poste fixe cette fois-ci),
  • le nombre de postes disponibles diminuent, il faut donc viser juste pour éviter de se prendre en prime une mesure de carte scolaire dans les dents,
  • quand on a une famille, avec enfants donc, on n'a pas envie de prendre un poste disponible de l'autre côté de l'académie.

Bref, le TZR est un peu pommé, car d'un côté on dit qu'il coûte cher (et c'est vrai) et qu'on n'en veut plus (ou moins), mais de l'autre côté on ne fait rien pour qu'il se stabilise. En voulant rendre moins attractif les postes de TZR, on les a transformé en punition pour ceux qui s'y sont retrouvés par défaut/hasard/accident.

Et après on s'étonne que certains partent dans les établissements privés, même catholiques, tellement ils en ont marre de ne pas faire ce pour quoi ils se sont destinés : enseigner leur discipline, leur passion même, à des jeunes. C'est exagéré? Entre partager son savoir et le ranger dans un coin tout en servant de bouche-trou(s) et de conchita pour emploi du temps, vous choisiriez quoi vous?

Au fait il y a une cerise sur le gâteau! Vous n'enseignez pas donc vous ne pouvez pas (ou difficilement) être inspecté, sans parler de la notation administrative qui stagne. Etre TZR c'est se faire plomber son avancement, ou en tout cas prendre un sacré retard... belle perspective de carrière.

Pour le reste? Le TZR fait ce qu'il doit faire : enseigner dans un établissement qu'il ne connaît pas, avec un emploi du temps non ou peu modifiable (vous avez des enfants? Tant pis), des élèves qu'il ne connaît pas, du matériel qu'il ne connaît pas et des collègues qu'il ne connaît pas non plus... et quand on commence à connaître tout ça, c'est fini, faut passer à un autre remplacement. Il y en a qui découvrent plusieurs établissements en même temps comme ça...

Encore heureux qu'il devait y avoir plein de monde qui devait partir à la retraite, ou alors la réforme de la retraite a modifié la donne... ou alors il serait bien de revoir d'urgence au moins une partie du système de mutation des enseignants.

Notes

[1] Remarquez au passage la valse des abréviations : un TZR enseignant les SVT sur un poste non complet est donc un TZR de SVT sur BMP dans sa ZR ou pas... des variantes existent.

[2] et pacsés même si c'est juste pour les mutations, mais il ne faut pas le dire, de toute façon il parait que ça a/va changer.