Je viens de lire un flash paru le 12 mai dernier sur le site Café pédagogique (oui j'ai un peu de retard dans la lecture de mes fils rss), et j'ai failli m'étouffer en lisant ce passage :

...Aujourd'hui une simple clé USB d'un coût modique peut contenir la quasi-totalité d'un cours multimédia. Il me paraîtrait utile que dès la sortie des IUFM les futurs enseignants en soient à l’avenir systématiquement dotés...

Ca m'a rappelé un certain Claude Allègre, ministre de l'Education Nationale en son temps, qui avait gentiment déclaré que les enseignants devaient tous posséder un ordinateur chez eux, et que vu le prix de ces derniers ils avaient largement les moyens de s'en acheter un.
Dites moi messieurs, les enseignants en poste depuis pas mal d'années ont souvent du mal à voir l'intérêt de ces machines souvent victimes de dysfonctionnement dans les établissements ou ils exercent, alors ils sont passablement inquiets de devoir se débrouiller tout seul chez eux avec une telle boite. En prime, une fois acheté, il faut installer les logiciels permettant de faire fonctionner un tel ordinateur, sachant qu'il est quasiment obligatoire d'utiliser Windows et Word (tout le monde ne connaît pas OpenOffice entre autre), exemples choisis :

  • l'Education Nationale a énormément fait du progrès, ainsi les bulletins trimestriels sont bien souvent informatisés avec des logiciels ne fonctionnant que sous Windows (qu'il faut installer chez soit)[1].
  • les fichiers joints qu'on vous envoie par mails sont souvent au format .doc (rarement au .pdf), avec toute la légèreté que l'on connaît de tels formats dans les messageries.

Enfin, toujours liés aux logiciels et en ne se limitant qu'aux SVT :

  • vous pouvez installer des logiciels qui sont disponibles gratuitement (les termes des licences sont souvent peu précis), mais ils ne fonctionnent que sous windows, et encore, pas n'importe quelle version[2], et sous réserve de mumuser avec les fichiers dll : charmant!
  • certains logiciels sont distribués sans aucun terme de licence clairement définis, mais exigent, avant tout téléchargement, une adresse email valide. Pour quoi faire? Rien, si ce n'est pour recevoir un numéro d'activation ... identique pour tout le monde... Alors est-ce à dire qu'ils vont devenir payants sous peu?

Alors voilà, j'ai un ordinateur, pas premier prix parce que les applications utilisées sont gourmandes en ressources système, j'ai payé et attendu 1 mois (par ignorance ou par amour de microsoft) pour avoir une suite bureautique propriétaire ou j'ai téléchargé gratuitement et légalement une suite bureautique digne de ce nom, je fais quoi avec ça?

  • J'écris mes cours sur l'ordinateur (c'est cher pour une machine à écrire quand même),
  • je teste les logiciels gratuits pour les utiliser en classe (mais je ne peux pas tester légalement chez moi ceux que mon établissement à acheté à prix d'or),
  • je crée un petit diaporama pour montrer aux élèves , mais bon ça apporte quoi par rapport à la superposition des transparents par exemple? Ah ben ma ptite dame, vous utilisez le vidéoprojecteur que le lycée a du acheter, ou alors vous avez mis le diaporama dans l'espace partagé de la classe et vos élèves cliquent et recliquent pour aller le consulter, bref, vous êtes un prof à la page...(ce qui ne veut pas dire que vous soyez un bon professeur[3]!)
  • enfin, cerise sur le gâteau, vous pouvez tester chez vous des logiciels auxquels vous avez accès via une connexion internet (ne pas oublier de payer l'abonnement au FAI) sécurisée accessible uniquement via Windows (et Internet Explorer la plupart du temps), logiciels pour lesquels votre établissement paie un abonnement annuel et qui ne sont bien souvent que des collections d'animation flash ou des trucs ridicules qui ne mettent que très rarement l'élève en situation de réflexion active.

En prime, l'échange de fichiers entre sa maison et l'établissement est le meilleur moyen pour que les virus et autres joyeusetés se propagent (tout le monde ne sait pas qu'il existe des antivirus performants et gratuits, ni qu'il faut penser à mettre son antivirus à jour).

Dernière chose : conseiller aux enseignants d'acheter une clef USB c'est bien, mais ça implique qu'ils pensent à prendre une clef compatible USB 2.0 et 1.x (car tous les ordinateurs accessibles dans l'établissement ne supportent pas forcément la norme USB 2.0), qu'ils se déplacent avec le CD/disquette de pilote (puisque tous les ordinateurs d'un établissement ne sont pas forcément sous Windows XP) ce qui signifie que chacun va faire ingurgiter à un ordinateur son pilote pour sa clef (car tous les professeurs n'auront pas forcément la même clef), en supposant qu'ils puissent le faire, sinon il faut passer par la case : madame/monsieur l'administrateur réseau, tu peux mettre le pilote de ma clef USB sur les ordinateurs de telles salles, et pense à faire une sauvegarde de la configuration quelque part pour pas que j'ai à te fournir le pilote à chaque reconstruction d'une machine, merci!.

Donc si on résume, l'enseignant se doit d'acheter du matériel informatique sur ses propres deniers (sans aide financière même symbolique) pour préparer son travail, en se débrouillant tout seul pour maîtriser l'outil informatique (parce qu'il a la science infuse, c'est normal, c'est un professeur) et en espérant qu'il soit compatible avec ce qui est proposé dans son (ou ses) établissement d'exercice. Laissez moi rire... tant que les politiques informatiques[4] de beaucoup trop d'établissements ne seront pas un peu plus logiques, l'informatisation ne rimera jamais avec ergonomie et beaucoup d'enseignants resteront réfractaires à la chose (et pas uniquement les plus âgés d'entre eux).

Notes

[1] Il en existent certains disponibles pour Windows et pour Linux, il en existe même ne nécessitant qu'un navigateur, du moment qu'il ne soit pas trop regardant sur le code HTML qu'on lui fait ingurgiter.

[2] le fonctionnement peut être complet ou impossible, avec toutes les possibilités de fonctionnement partiel que vous pouvez imaginer.

[3] Qu'est-ce qu'un bon professeur? La question est intéressante sachant que les élèves d'une classe donnée obtiennent de bons résultats au bac par exemple, on a tendance à dire que ce sont les élèves qui sont d'un bon niveau, alors que si les résultats des élèves sont mauvais, c'est forcément la faute du professeur. On pourrait aussi creuser un peu plus et se rendre compte que la définition de bon professeur est fonction de la personne a qui vous posez la question : parents d'élèves, élèves, administration.. en faisant bien la dichotomie entre privé et public bien sûr!

[4] oui les et non la, car s'il y a des grandes lignes communes dans une académie, le détail n'a rien a voir ou presque d'un établissement à l'autre.