Spécialité locale de Tricastin : vous reprendrez un peu de becquerels avec vos tomates?
Par Stéphane Bonhomme, samedi 12 juillet 2008 à 12:19 :: Environnement :: #252 :: rss
Pour ceux qui ne savent toujours pas ce qu'est le becquerel. Comme ça c'est fait! Mais honte à vous, c'est un sujet à la mode... Quoique non, ce seraient plutôt d'autres unités : le kilogramme (d'uranium balancé dans la nature), le volume (de liquide pollué contenant de l'uranium balancé dans la nature). Une bien belle illustration du savoir-faire français!
Tricastin vous connaissez? Non? Pourtant c'est connu, c'est situé à proximité de la ville de Pierrelatte, en face de Saint-Paul-Trois-Châteaux, en plein dans le pays des vins AOC tels que les coteaux du Tricastin[1], bref, en plein milieu de plein de monde et au bord du Rhône.
Que s'y est-il passé de si exceptionnel? Rien, la routine si on en croit l'ASN[2]. Cet organisme a donc classé comme incident mineur l'uranium perdu dans la nature. En fait, je parle d'incident, mais ce n'est même pas ça, car l'évènement a été classé au niveau 1 de l'échelle européenne INES : il s'agit donc d'une simple anomalie[3]. En clair, il s'agit donc d'une simple fuite anormale d'uranium qui a eu lieu le 8 juillet, vers 6h30. Il semble que 360 Kg d'Uranium, ramenés à 75 Kg plus récemment, se sont déversés en dehors de la centrale nucléaire mais :
- ça n'a pas touché la nappe phréatique, le Rhône étant le plus près...
- c'était dilué dans une grande masse de liquide, donc finalement ramené au litre, c'est négligeable.
Bref, on nage en pleine opacité officielle.
Je ne vais pas vous refaire un rappel de tout un cours de radioactivité, puisqu'un collègue l'a déjà fait pour nous. Je remarque juste un certain nombre de choses :
- le CRIIRAD, organisme réellement indépendant, semble ne pas réussir à obtenir des détails sur l'évènement. Normal après tout, ce n'est qu'une anomalie;
- on admire le fait de parler en masse d'uranium, et non en becquerel... Et oui, quelle était le niveau de radioactivité de ces déchets? Aucune information sur le sujet. Il ne faudrait pas affoler la population.
L'essentiel à retenir est donc que le risque semble passé, puisqu'autour de la centrale, les mesures montrent que tout à disparu... Mais pour aller ou? C'est marrant, mais ça me rappelle un autre évènement plus ancien, mais c'était une autre époque, un autre siècle : c'était du temps ou les frontières douanières empêchaient même la radioactivité de passer. Aucun mot sur une radioactivité éventuellement stockée dans les alluvions et autres trucs étranges et inutiles de ce genre, de toute façon, personne n'y comprendrait rien, il ne faut pas encombrer l'esprit du français moyen avec de telles choses, c'est l'été, il part en vacances.
Bref, encore un bien bel exemple concret de gestion du risque nucléaire, opération dans laquelle ce sont encore les mêmes qui trinquent. Accessoirement, la vallée du Rhône, produisant déjà des fruits et légumes enrichis en toute sortes de produits chimiques (mais il ne faut pas le dire, seule la pêche est ou était interdite dans le secteur), voit ces productions maintenant enrichies en uranium : à défaut d'avoir du pétrole, le français va devenir scintillant.
On remarquera qu'il parait que l'ASN avait déjà constaté des problèmes au niveau de la gestion des déchets dans cette même centrale. Que les déchets sont toujours traités par la même entreprise : la société Socatri, filiale d'Areva. Que visiblement aucune amende ni condamnation n'a jamais été prononcée, donc ils font ce qu'ils veulent, l'autorité de contrôle étatique minimisant tout évènement fâcheux.
Conclusions :
- l'ex-Union Soviétique n'a rien à nous envier, on fait pareil;
- les chinois devraient être heureux : en plus de leurs nuages de pollution quasi permament[4], ils vont avoir une radioactivité d'origine anthropique permanente, tout ça grâce au savoir-faire français[5].
Notes
[1] On trouve vraiment de tout dans les vins AOC.
[2] L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), est une Autorité administrative indépendante créée par la loi n° 2006-686 du 13 juin 2006 relative à la transparence et à la sécurité en matière nucléaire (dite "loi TSN"), est chargée de contrôler les activités nucléaires civiles en France. L'ASN assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection en France pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés aux activités nucléaires. Ce n'est pas de moi, j'ai trouvé ça ici. Je note juste et apprécie les mots indépendant et au nom de l'Etat employés ensemble...
[3] Pour en savoir plus sur l'échelle INES.
[4] Sauf pour ceux qui écouteront la parole officielle locale disant que la Chine n'est pas pollué, c'est juste le ciel qui est blanc et nuageux.
[5] Sauf si le Dalaï-lama vient en France bien sûr.
Commentaires
1. Le samedi 12 juillet 2008 à 16:55, par @lpha
2. Le samedi 12 juillet 2008 à 18:27, par Stéphane Bonhomme
3. Le dimanche 13 juillet 2008 à 09:07, par @lpha
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