Les sources, pour commencer et vous faire une idée :

Je vous passe les détails et les petites phrases croustillantes du style concept de père Noël sélectif et je vais m'arréter sur un premier point donné par M. Darcos (ministre de la future feu Education Nationale) :

Si les professeurs veulent gagner plus, ils peuvent effectuer des heures supplémentaires. Et s'ils travaillent autant que leurs chefs d'établissement, vous allez voir, ils vont faire fortune !

En clair, ce qui semble être rémunéré, c'est le temps passé dans un établissement scolaire, rien de plus. Et le temps, certains en passent beaucoup puisqu'ils y vivent (appartement souvent de qualité et de surface appréciable, sans loyer, entre autre avantage en nature)[1]. Mais si on parle du temps passé à travailler, là, le bas blesse. En me basant sur mon expérience personnelle je constate que :

  • il m'est arrivé d'avoir 9h de cours dans la même journée (je ne vous raconte pas l'état le soir) avec seulement 30 minutes pour pouvoir manger, et de constater que la direction, elle, était fermée pendant 2 heures;
  • là, sous peu, je vais devoir assister à des pré-conseils[2] le midi, ce qui signifie 45 minutes pour manger avant de s'enfiler une telle réunion puis de retourner en cours. Le personnel de direction n'y est pas forcément, mais vous, vous avez intérêt à avoir laissé au minimum un papier disant ce que le professeur principal sait déjà car vous en avez déjà parlé... Au fait, j'ai 11 classes comme ça;
  • je n'ai pas forcément la pose café, surtout pas en collège, puisque lorsque je finis une séance de TP, il faut débarasser le tout et en installer un autre pour la classe qui suis. Les poses café nombreuses et/ou à rallonge ne sont pas des raretés du côté de la direction. Les uns travaillent sans temps mort, les autres récupèrtent régulièrement;
  • en plus des réunions le midi, il y a de plus en plus de réunions le soir, certains n'ayant pour but que de préparer une future réunion.

Je ne vais pas tout citer non plus (les conseils de classe et autres réunions parents-prof ou vous sortez à plus de 8h30 du soir, le travail de coordonateur de discipline, plus comptable que vraiment disciplinaire...), sinon on va croire que je déteste les personnels de direction, et je vais rentrer dans le jeu de nos chers dirigeants. Mais force est de constater que les enseignants devraient recevoir une prime pour baby-sitting de chefs d'établissement : ceux-ci se sentant seuls, ils se croient obligés de mettre des réunions de tous les côtés pour s'occuper.

On continue.

Pour Xavier Darcos, "les syndicats ont raison de dire 'et nous et nous', mais il est très simple d'obtenir une meilleure rémunération pour les enseignants". Il leur suffit, précise-t-il, d'accepter de "faire quelques tâches supplémentaires", voire de "travailler autant qu'un proviseur".

La bonne blague.
La mode ces dernières années, dans l'Education encore Nationale, est de travailler plus pour ne pas gagner plus et porter l'étiquette corvéable à merci donc devoir travailler encore plus.
Un exemple? Le B2i en collège. Ce truc est le brevet informatique et internet. Joli comme nom hein? Mais ce n'est pas le plus drôle. Ce brevet est obtenu en fin de collège après une validation régulière de différentes compétences. Et là, admirez la tournure de la phrase : le B2i est un diplome mais n'est pas un examen. En clair, personne n'est payé pour valider les acquis des élèves (personne n'a été formé non plus sauf les nouveaux qui sortent de l'IUFM) mais tout le monde doit évaluer.
Autre exemple? L'évaluation des capacités expérimentales en Terminale S. C'est une épreuve faisant partie intégrante du bac, qui est préparée, mise en place et corrigée gratuitement par les enseignants.
Un dernier pour la route : les TPE. En quelques nombres : 15 euros les 4h d'examen, temps de préparation non rémunéré... Fourtaises... Encore heureux que ça aussi c'est une épreuve de bac, sinon ce ne serait même pas payé[3]

Le fait est que depuis que je suis enseignant, le nombre de tâches supplémentaires que je dois faire est en constante augmentation, les contreparties sont inexistantes.

Ah! Une dernière pour la route. Pour l'administration, quand un établissement ne rayonne[4] pas, c'est la faute des enseignants. Lorsqu'il rayonne bien (site internet actif, projets pédagogiques qui ont la côte...) c'est grâce à la dynamique de son chef d'établissement. Bref, dans l'Education encore Nationale (comme ailleurs d'ailleurs), le mérite ne revient jamais aux acteurs, les lauriers sont toujours portés par les mêmes personnes, alors même que parfois, ces dernières, ont tout fait pour saborder des projets (ou ne surtout pas les encourager, prenez la formule que vous voulez), allez comprendre. Voilà en gros pourquoi beaucoup n'acceptent pas cette prime versée. Dans le monde enseignant, il se dit que lorsqu'un chef d'établissement fait défaut, l'établissement tourne car les enseignants le porte à bout de bras, et quand des enseignants sont dynamiques et concrétisent des projets qui attirent la bienveillance d'un rectorat lambda, le mérite ne revient jamais à ces enseignants.

Le stakhanovisme ne concerne pas forcément ceux qui reçoivent les primes. Et à force de vouloir diviser de cette façon, sachant que les personnels de direction vont d'ici peu avaoir leur mot à dire en terme pédagogique (ce qui est risible est inquiétant, vu que ce sont ceux qui n'ont jamais enseignés qui en savent le plus sur la façon de le faire), on se dirige tout droit vers des conflits typiques de l'entreprise entre un petit chef et des employers. Et là! Ca risque de coincer énormément!

il devient donc intéressant d'attendre quelles seront les modalités du pécule attribué à ceux qui voudront quitter le navire de l'Education encore Nationale en nauffrage, afin de l'investir dans une entreprise de cours particuliers : les meilleurs enseignants, du point de vu administratif, n'étant pas ceux qui enseignent le mieux. En effet, il ne serait pas étonnant qu'à force de dédain et de mépris, beaucoup partent, et qu'il y ait pénurie de profs... à moins que ce soit le but visé, histoire de n'avoir que des techniciens de l'enseignement (et non des enseignants), spécialisés dans rien mais compétent en tout, avec des contrats de travail de droit privé.

Conclusion : les chefs d'établissement reçoivent une prime de noël : tant mieux pour eux. Ils travaillent beaucoup, c'est généralement vrai (il y a aussi forcément un lot de moutons noirs dans ce corps, c'est la nature humaine qui veut ça), mais qu'en justification on en profite pour taper (de façon plus ou moins détournée) encore une fois sur les enseignants, il y a de quoi être écoeuré par un tel procédé et ça amène à se poser des questions sur la raison véritable du versement de cette prime.

Notes

[1] La mode est cependant à de plus en plus ne pas habiter sur place mais à disposer quand même du logement de fonction.

[2] nouvelle mode en collège, dont l'utilité est discutable, puisqu'une équipe digne de ce nom se dit tout régulièrement sous forme de réunions informelles, pas besoin de devoir remplir un emploi du temps validée par l'administration

[3] de toute façon, le P n'est valable que pour un tiers des élèves, les autres ayant tout recopié sur internet et plus rarement dans des livres.

[4] Aucun rapport avec la radioactivité.