La plupart du temps, les motifs sont confus, ça sent le fourre-tout, et même le délégué syndical (du syndicat majoritaire comme il se doit), toujours prompt à pourfendre patronnat et gouvernant avec la même tige à brochette, a parfois du mal à trouver les mots permettant de susciter une envie immodérée d'être taxer de fainéasse une journée de plus, sans solde.

Derrière tout ça, je me demande parfois s'il n'y aurait pas une manoeuvre. Cette manoeuvre serait coordonnée par les deux protagonistes, officiellement opposés, mais officieusement habitués à travailler main dans la main depuis des années, d'où l'état déplorable de l'Education encore Nationale d'ailleurs. En effet, il n'existe pas de meilleur moyen pour faire diminuer la pression régulièrement que de faire quelques grévettes d'une journée. Dans les faits, la portée de telles actions est toujours limitée, voire nulle, et les profs, après avoir vraiment perdu (eux) une journée de salaire, s'être parfois faits insultés dans la rue par des commerçants et autres passants, être passés pour de grands nantis qui ne devraient même pas avoir le droit de grève, constatent bien souvent le soir que, le grand mouvement annoncé est à peine évoqué dans les médias[1].

Accessoirement, je me suis toujours demandé comment un syndicat majoritaire, représentant une minorité d'enseignants, arrivait à faire autant de bruit pour un résultat aussi ridicule, assorti d'une analyse incompréhensible faite par son secrétaire national. Serait-ce un moyen comme un autre de se faire de la pub?

Ne nous y trompons pas, depuis que je travaille en tant qu'enseignant, soit 11 ans cette année, j'ai passé 4 années au SNES dans 2 académies différentes et tout ça pour rien :

  • je n'ai jamais eu la moindre réponse correcte à mes questions, par contre ça a toujours été long mais payant d'aller chercher les réponses par téléphone, directement au niveau d'un ministère/rectorat;
  • je n'ai jamais reçu le moindre accueil personnalisé : si jouer du camarade et tutoyer à tout va est une règle, n'être qu'un numéro, en loccurence celui de la carte d'adhérent, en est une autre;
  • je me suis toujours fait proprement jeter quand j'ai osé donner mon avis sur des idées, avis contraire ou plus nuancé que celui du grand manitou local;
  • j'ai même assité au départ de certains vieux de la vieille, syndiqués depuis plus de 20 ans pour certains d'entre eux, partant pour cause de dégoût profond.

Au final, j'ai fini par quitter ce syndicat, n'était ni d'accord dans la forme, ni dans le fond avec certains de ces propos, le jugeant pro-stase et me repprochant de m'être fait dupper par une politique commerciale agressive envers les jeunes stagiaires. La seule réponse qui m'a été faite, lors de mon non renouvellement, était sous forme d'un ordre : celui d'adhérer pour permettre la poursuite des combats, même s'ils n'étaient pas les miens : à moins de ne pas être égoïste. Inutile de vous dire qu'avec des propos (écrits) pareils ils ne m'ont jamais revu[2]..

Avec le recul, et après mure réflexion, je pourrais étendre l'opinion qui suit à tout le monde syndical : un syndicat politisé ne peut pas remplir sa mission première à savoir la défense de ses adhérents en particulier, de la profession en général. Réfléchissez un peu est rappelez-vous les différences de traitement des ministres de l'Education encore Nationale qui se sont succédés, différences de traitement liées à des opinions politiques identiques ou pas. De toute façon, comment peut-on se prétendre être un syndicat indépendant, ouvertement de gauche, et vouloir mordre la main qui vous subventionne?

Tout ça pour dire qu'une grève d'une journée est un joli mirroir aux alouettes, rien de plus. Ca ne dupe que ceux qui veulent bien y croire. L'actualité française montre que seules les grèves ditent dures permettent d'obtenir ce que l'on veut : la tendance actuelle étant une volonté délibérée d'attendre la grève, de jauger l'importance de la grogne, et d'ouvrir les négociations en connaissance de cause : plus vous avez géné de monde, meilleures seront les conséquences sur vos revendications[3]. Une grève dure n'est pas une simple grève ou les enseignants ne prenent plus les élèves : ça, ça ne fait râler que les parents qui se demandent qui va bien pouvoir garder leurs rejetons[4].
Avant, une grève dure, c'était une grève ou tout était cassé. N'y voyez pas une sorte de nostalgie là-dedans : j'ai toujours trouvé ça débile. Maintenant, une grève dure est une grève ou le maximum de monde est géné (pour rester poli) :

  • blocage de dépôts d'essence;
  • blocage d'autoroute;
  • blocage des voies ferrées;
  • coupures de courant;
  • blocage des ponts;
  • ...

Bref, une grève dure est une grève ou un petit nombre prend le plus grand nombre en otage. N'ayons pas peur des mots, ça se résume à ça, il faut l'assumer.

Alors une grève dure de prof ça devrait ressembler à quoi? Si on suit la logique, il faudrait :

  • bloquer le bac;
  • bloquer le brevet;
  • bloquer et encore bloquer...

Bon là, c'est sûr, l'opinion publique serait sur le dos des profs, encore plus que d'habitude. D'un autre côté, bloquer de cette façon serait une punition pour les enseignants eux mêmes, car sans parler du cas de la conscience professionnelle (qu'on nous ressort régulièrement), qui devrait faire passer les examens en fin de compte, avec un léger décalage?

Conclusion, une grève de prof qui gène du monde, ce sont des profs qui se conduisent comme les autres, avec une préférence pour le blocage de dépôts d'essence, de raffineries et autres terminaux pétroliers[5].

Il faut bien reconnaître qu'à un moment donné, le monde si bien cultivé qu'est le monde enseignant doit se dire que : se voire interdire de faire des heures supplémentaires, voir le taux horaire de rémunération des heures supplémentaires diminuer, puis s'entendre dire, après plusieurs années de vache maigre concernant les augmentations de salaire, qu'il faut travailler plus pour gagner plus, alors que ça fait des années que la charge de travail augmente (du fait de la suppression des COPSY, des agents de laboratoire... et de l'augmentation des paperasseries en tout genre, de l'augmentation du nombre de réunions de plus en plus longues et toujours aussi inutiles) et que le salaire non (et ce n'est pas près de changer). Maintenant on nous demande de faire encore plus pour avoir droit à des heures supplémentaires... Mais de qui se moque t'on?

Notes

[1] On ne le dira jamais assez, il faut toujours penser à mettre des bonnes notes aux gamins de journalistes pour avoir une chance d'avoir un écho favorable dans la presse.

[2] J'ai adoré le passage : normal, dans cette académie les délégués syndicaux sont nuls, nous, nous sommes meilleurs, propos modestement tenus par d'autres syndicalistes appartenant à ce même syndicat. La solidarité marche à fond visiblement.

[3] C'est une spécialité bien française, anglaise également, mais c'était du temps de cette chère Dame de fer.

[4] les questions de cours passant en second plan, comme à chaque fois, jolie représentation de l'utilité de l'école pour certains d'entre eux

[5] D'ailleurs, il faudrait se dépécher, il n'y en a bientôt plus.