Le Grenelle des grenouilles
Par Stéphane Bonhomme, samedi 6 octobre 2007 à 15:38 :: Opinion :: #151 :: rss
En chiffres nombres, le Grenelle ce sont 1.000 heures de débats et 53 réunions depuis juillet 2007. Ca impressionne hein! Pourtant, quand on lit rapidement les titres et résumés parus dans la presse, les annonces et mesures environnementales ont disparu et on ne parle plus que de fiscalité... L'environnement est donc un simple enjeu économique. Visiblement le chemin (je ne parle pas de route, c'est plein de produits pétroliers) est long, très long avant qu'un décideur nous sorte autre chose que la mise en place d'une nouvelle taxe, forcément verte puisque c'est de l'environnement dont il s'agit.
Bon je passe rapidement sur le terme Grenelle que je trouve tout simplement ridicule, dans la mesure ou, par les temps qui courent, l'habitude a été prise de faire passer des idées dites fortes en utilisant des symboles pour finir par s'assoir dessus pour faire ce que l'on veut.
Le Gretruc de l'environnement c'est un site officiel, tout vert, parlant de groupes de travail et d'ateliers divers : bref ça parle beaucoup.
Ouverture du bal.
il faut bien garder à l'esprit que :
- chacun des groupes de travail, mis en place je ne sais pas trop comment mais à la limite ce n'est pas bien important, commence par une courte présentation, un état des lieux, ainsi qu'une prédiction catastrophique à l'échelle des temps humaine;
- c'est plein d'abréviations en tout genre, de données chiffrées invérifiables par ceux qui n'ont accès à rien, mais on leur fait confiance : ce sont tous des spécialistes ou au minimum des gens qui savent[1].
Groupe 1 : changements climatiques (VC) / Lutter contre les changements climatiques et maîtriser la demande d'énergie (VL)
Déjà on admire la version raccourcie du titre, laquelle zappe littéralement le côté maîtrise de l'énergie, et pour cause, c'est la partie qui doit faire grincer le plus de dents.
On apprend ainsi que la température devrait augmenter de 1 à 6°C d'ici la fin du siècle... Encore heureux que des experts sont là pour nous préciser de tels chiffres, parce que si elle n'augmente que de 1°C, on pourrait presque dire que ce n'est pas trop grave. Par contre une augmentation de 6°C, bonjour les dégats, autant mettre le Groupe 2 au chomage directement. Ceci dit, ce n'est pas une raison pour rester les bras croisés.
Autre remarque, quand on cite les secteurs émettant le plus de gaz a effet de serre, les transports arrivent en tête, suivi par le bâtiment, l'industrie, l'agriculture, le tourisme... On devine donc déjà qui va en prendre plein les dents : le transport, et qui sera épargné : les trucs qui créent de la richesse : industrie et agriculture. Aucune donnée chiffrée, ni qualitative. Ah! Et le tourisme émet des gaz à effet de serre? Ah ben oui, les touristes prennent souvent l'avion, entre autre, donc quel est le lien entre tourisme et gaz à effet de serre dans la mesure ou le tourisme est une industrie nécessitant des moyens de transport et logeant le monde dans des bâtiments?
Dans ce groupe, on y apprend donc la création d'un label, nécessitant des diagnostics et j'en passe : logique mais lourd pour les ménages du point de vue financier, surtout que visiblement une obligation de rénovation semble être prévue pour les logements les plus consommateurs en énergie... A votre avis, qui habite dedans? Parce qu'on parle bien de logements et non de bâtiments : sacrée nuance.
Bonne idée : un bâtiment devra au moins être autosuffisant en production d'énergie. L'appellation bâtiments à énergie positive[2] me laisse perplexe, d'autant plus que si on souhaite passer au solaire photovoltaïque, aucune information n'est disponible gratuitement, on peut même vous déconseiller de le faire (donc la technique n'est pas efficace?), et on a même (ou en tout cas on est sur le point) de supprimer toute ou partie des aides financières sur le sujet. Et l'éolien particulier? Franchement, vous voyez beaucoup de bâtiments vous avec une éolienne sur le toit ou dans le jardin? On nage en pleine hypocrisie ou science fiction ou les deux, allez savoir.
On retiendra donc que la promesse d'un certain candidat : les français tous propriétaires
, sera difficile à tenir s'il faut que ce soit pas cher, para/antisismique et économe voire producteur d'énergie.
Les transports, ah! Les vilains transports. Après nous avoir dit que la voiture c'est bien (pensez-vous, fallait bien que quelqu'un paie l'ex-vignette) on nous sert que les transports en commun c'est super. Bref, on reparle d'une vignette assujettie au taux d'émission de dioxyde de carbone de la bagnole... sauf que les voitures les plus polluantes (donc les plus vieilles et, disons le, les plus pourries) sont la propriété des étudiants et autres personnes ayant peu de ressources, ou en tout cas, n'ayant pas les moyens de changer de voiture.
De façon encore plus irréaliste, on veut développer le transport en commun, c'est bien. Mais il faut que celui-ci soir rentable[3] donc ça ne concerne principalement que les grandes agglomérations... les plus polluées donc. Je ne pense pas que ça va changer grand chose pour les habitants de Moncuq[4] (et pour moi non plus, de toute façon je suis en vélo, donc bon).
Une dernière pour la route : décarboner et réduire la production d'énergie. On y parle de filières prometteuses telles que le solaire (thermique et photovoltaïque), la géothermie et les biocarburants bien sûr, mais de seconde génération, donc ils sont forcément mieux... Je leur souhaite bon courage, car aujourd'hui, vouloir s'équiper de la sorte est un vrai parcours du combattant, cher, long et pas gagné d'avance. Alors quand je vois comment ça se passe en métropole, je me demande comment ils vont faire pour, comme ils disent, faire des DOM une vitrine d'excellence climatique
: en Guyane[5], la production d'électricité est lamentable (coupures...), pas du tout écologique. Rajoutons que l'agriculture de subsistance s'y pratique encore beaucoup (donc brulis...), qu'il y a peu encore les carburants étaient d'une qualité médiocre (y compris chez Total) à vous faire claquer une pompe d'injection haute pression de moteurs diesel en 6000 à 7000 Km, on se dit qu'ils vont avoir beaucoup de travail.
Concernant la production d'énergie toujours, on finit avec le nucléaire : personne n'est d'accord... Les uns disent que le nucléaire c'est mal, mais les mêmes s'opposent à l'implantation d'éoliennes ou de panneaux solaires car ça détruit l'environnement et gène la biodiversité du coin, tout en préconisant l'augmentation des parcs à éoliennes.
Groupe 2 : préserver la biodiversité et les ressources naturelles
Pas de solution miracle, on y parle juste de stopper la perte de biodiversité, d'organiser des actions et, dans un délire final on se rappelle qu'il faudrait connaître la biodiversité et sauver la biodiversité planétaire : rien que l'ordre n'est pas logique.
Bref, ce n'est pas clair, on parle de loi, de politique, le tout avec la FNSEA et l'APCA qui sont contre tout ou presque dès que quelqu'un dit qu'il va falloir modifier la moindre pratique agricole... Le principe du pollueur-payeur du groupe 1 (les vilains automobiliste surtout particuliers), est appliqué de la même façon dans ce groupe là : les paysans ne sont en rien responsables de la pollution générale des eaux de surface comme souterraines de France, encore moins de Navarre. La révolution agricole doublement verte[6] n'est pas pour demain.
Quant à la connaissance de la biodiversité en France, elle devrait se faire à la fin du siècle. Il y aura moins d'espèces à étudier, ce qui tombe bien, ça coutera moins cher à une recherche française sans crédits. D'ailleurs, la brièveté du résumé montre bien que ce n'est pas primordial.
Groupe 3 : Instaurer un environnement respectueux de la santé
Pour faire bref, on n'y apprend rien de plus : les mêmes vont payer, on va créer des observatoires machins, des commission trucs muches :
- la qualité de l'air se dégrade, c'est mal;
- les avions qui atterrissent la nuit ça fait du bruit, c'est mal;
- les produits phytosanitaires c'est pas bien, mais vu que dans le groupe 2 on freine des deux pieds, on connait déjà la suite;
- on parle même des risques liés à l'utilisation des téléphones mobiles, un peu moins des risques liés aux radiofréquences, et encore, on se limite uniquement aux enfants de jeune âge.
Bref, comme tout ce qui est technologique, donc porteur, faisant la grandeur de la France en terme de chiffre d'affaire, on marche sur des oeufs. Beaucoup de phrases bien vagues et rien de concret. D'ailleurs, les tournures des phrases amènent à se demander si on a la moindre idée des conséquences de l'utilisation de certaines technologies... Par contre il semblerait qu'on veuille favoriser les recherches en santé et environnement au sein des universités : il y est question d'une exonaration fiscale en cas de financement d'un projet lié à ce thème dans une fac (financement des universités et patati et patata... ou est l'environnement?)
Groupe 4 : adopter des modes de production et de consommation durables : agriculture, pêche, agroalimentaire, distribution, forêts et usages durables des territoires
A ben là on veut atteindre une agriculture 100% durable. Si on tient compte des groupes 2 et 3, c'est donc une agriculture qui n'a pas trop envie d'arrêter d'utiliser engrais et pesticides tout en étant respectueuse de l'environnement, surtout pour les éventuelles générations futures.
Dans la même lignée, on y parle amélioration de la qualité de l'eau potable (on sait pourquoi), donc se sont les chimistes qui vont devoir inventer de nouveaux procédés de traitement pour améliorer la qualité gustative et éventuellement sanitaire d'une eau de plus en plus polluée.
Tiens, on parle biodiversité là aussi. il est même écrit en sous-titre : restaurer la biodiversité : la trame est nationale, les actions plus localisées... et personne ne parle de la pêche faute de temps
, alors que c'est dans le titre.
Vous me pardonnerez de zapper totalement le groupe 5 intitulé construire une démocratie écologique : institutions et gouvernance ainsi que le groupe 6 intitulé Promouvoir des modes de développement écologiques favorables à la compétitivité et à l’emploi car la ficelle est vraiment trop grosse.
La conclusion est multiple.
Pour respecter l'environnement ça va couter cher (on le savait déjà ça), mais la ou la pilule est difficile à avaler, c'est que tout le monde ne va pas mettre la main à la poche pour respecter l'environnement ou réparer les dégâts. Si on en est là, c'est quand même à cause de ceux, peu nombreux, qui ont décidé pour tous les autres et ce, même si de nombreux signaux d'alerte ont retenti : le lobbying a encore de beaux jours devant lui, ce sera toujours aux petits de payer l'addition au final.
Ce Grenelle ne mérite pas son nom, car théoriquement il aurait du y avoir des décisions de prises. Or là, on est face à une explication illustrée de ce qu'est le développement durable. Pour ceux qui ne connaissent pas, on pourrait résumer cette expression en une phrase : pouvoir continuer à produire plus, pour gagner plus, en faisant croire qu'on respecte l'environnement et qu'on le protège pour les générations futures. Ce Grenelle est bâclé, et quand on voit le temps passé dessus, on se doute que les discussions ont surtout eu pour but d'éviter qu'un ou plusieurs groupements influents n'aient à trop payer pour les bêtises passées : on pourrait dire qu'ils ne sont ni responsables ni coupables.
J'ai donc ici simplement noté qu'il y avait des choses positives, d'autres beaucoup moins, le tout emballé dans un papier bien tape à l'oeil. Les choses positives sont surtout matérialisées par des intentions fortes, des idées porteuses, une dynamique sur fond de synergie mutuelle qui nous fait accéder rapidement à l'extase du respect collectif de la nature. Pour le reste, on se limite à des créations de vignettes, labels et autres créations de plans visant essentiellement à modifier une fiscalité devant être simplifiée (mais ça c'est un autre débat) dont une minorité pourra profiter.
Bref, dans la grande farce du pollueur-payeur, le particulier paie pour faire isoler son habitation, paie pour utiliser sa voiture, paie alors qu'il trie ses ordures, et a l'impression d'être le seul à payer pour éviter de polluer et pour réparer les bêtises des autres... logique!
Donc moi qui vit dans une agglomération ou l'air est hyperpolluée, ou l'eau l'est aussi (les pesticides du Rhône ne sont pas restés dans ce fleuve, la Durance et d'autres sont touchés), cela fait 6 mois qu'il n'a pas plu (contrairement à ce qu'annonce la météo nationale), et vivant à proximité d'antennes de téléphonie (planquée dans des arbres en acier pour pas qu'on les voit trop), qui aurait bien voulu s'équiper en photovoltaïque mais qui ne trouve aucune information gratuitement accessible... je fais quoi? On attends les cancers multiples? vous allez encore discuter longtemps en vous protégeant mutuellement le fondement ou vous vous décidez à agir autrement qu'avec hypocrisie? Aux dernières nouvelles, l'environnement c'est autre chose que de la fiscalité. Donc payer oui, à condition que tout le monde paie (du producteur au consommateur) avec une élite qui montre l'exemple.
Notes
[1] un gens qui sait, en France, c'est quelqu'un qui est soit connu pour être très calé dans un domaine précis (ce qui est logique), soit qui est le copain d'un ami de plus de 30 ans de la bonne personne, soit appartient à une association/organisme dont personne n'a jamais entendu parler, mais qui doit surement être très important.
[2] bâtiments qui produisent plus d'énergie qu'ils n'en consomment.
[3] Parce que bon, pas la peine de croire que ça se fera à perte non plus, l'Etat n'ayant jamais été un philanthrope pour la France de presque tout en bas.
[4] Ville à la mode, il fallait donc la citer!
[5] DOM pas français d'après les tarifs des opérateurs de téléphonie
[6] c'est juste pour parler de financement et de recherches, n'imaginez pas autre chose.
Commentaires
1. Le dimanche 7 octobre 2007 à 07:52, par @lpha
2. Le mardi 9 octobre 2007 à 21:29, par Pascale
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.