Nouveau bac (à sable) et dommages collatéraux
Par Stéphane Bonhomme, dimanche 16 septembre 2007 à 08:18 :: Education :: #148 :: rss
En cette belle rentrée de septembre 2007, on vérifie tous les jours que la rupture tant annoncée se contente de plagier, tout en les concentrant, les vieux rêves de ceux qui cherchent à fermer les cordons de la bourse de l'Education Nationale : dépenser moins en faisant travailler plus. L'hypothétique nouveau bac, fraichement annoncée, ne déroge pas à la règle, tout en introduisant une dose de contradiction, comme d'habitude d'ailleurs.
Le nouveau bac serait commun à tous, aurait des disciplines en tronc commun (pas de SVT dans ce tronc d'après les premiers éléments) et plein d'options... Rien que ça ça fait froid dans le dos : ça signifie que tous les élèves, quelles que soient leurs préférences, leurs goûts, leur projet professionnel, vont devoir supporter (à l'image de ceux qui aimeraient bien sortir du parcours obligatoire, linéraire, et gonfleusement prévisible du collège) des disciplines qui leur tapent sur le système, au nom de l'harmonisation tant culturelle qu'intellectuelle et bien sûr pour le bien de tous, surtout celui de la France.
Quelques remarques cependant.
Si tout le monde doit subir ce tronc commun, cela signifie qu'il y aura surement une épreuve de dessin sur table neuve dans les épreuves de ce bac : comment voulez-vous faire pour qu'un élève à sensibilité littéraire passe une épreuve identique et de même niveau qu'un élève à sensibilité scientifique?
Il parait que le but est de diminuer l'hégémonie des disciplines scientifiques. Ok! Mais alors pourquoi, depuis plusieurs années, on nous force la main sur les passages en série scientifique sous le prétexte que la France, ce grand pays plein de penseurs au bon sens bien connu, manque de scientifique? Et franchement, regardez les débouchés actuels en fonction du type de bac acquis, ils ne sont pas si importants que cela avec un bac littéraire, sauf si on compte augmenter le nombre de psychologues (études refuges par excellence dans les facs de lettre) ... A un moment il faut arrêter le massacre!
Après avoir quasiment détruit la valeur de ce bac, en faisant en sorte que quasiment tout le monde l'ait, on veut détruire l'enseignement en amont... Je sens qu'à ce rythme, il va y avoir un joli bordel (pas trouvé d'autres mots) en fac de science : déjà que a plupart des bacheliers y sont considérés comme nuls en expression écrite et en orthographe (mais non le bac n'est pas donné), et comme lacunaires du point de vue connaissances fondamentales, alors même que d'après les programmes officiels, ça ne devrait pas être le cas[1]
Bac réformé ou pas, les bons élèves iront toujours en prépa, les autres en fac, le tri se fera donc sur les options. Le niveau des connaissances ayant diminué, ça permettra l'ajout d'une année de prépa supplémentaire pour les boites privées (payantes et chères) spécialisées dans la remise à niveau des élèves.
Et les SVT? Regardez les bien, ils sont amenés à disparaitre, parce que qui sera assez fou pour prendre en option une discipline difficile, connue pour être celle ou on a la plus mauvaise note parmi les 3 disciplines scientifiques? Le fait de faire du français, des math, de la physique-chimie, tout ça au sein des SVT, aurait pourtant dû permettre l'intégration de cette discipline dans le tronc commun, mais non. En effet, parler d'environnement et des conséquences des actions de l'Homme sur celui-ci c'est mal vu, ça peut freiner la croissance d'un pays. Obliger les élèves à avoir un regard critique sur toute forme de document (écrit, ou oral) n'est pas bien non plus : pensez-vous, des jeunes gens habitués à réfléchir au lieu de regarder les choses passivement. Et réformer les SVT pour faire club nature, non merci.
Bientôt on entendra des trucs du genre : de mon temps, on faisait SVT, c'était bien, parce que c'était mieux avant!
Rajoutez à ça une diminution des heures de cours, donc des programmes, donc à la fois un rallongement de l'année scolaire[2] et une diminution du nombre de professeurs, sur fond d'autonomie croissante des établissements. Moi j'y vois des profs pluri-disciplinaires, et des établissements-entreprises armés de sirènes, insidieusement payants, dirigés de loin par un ministère... comme le conseille une vieille missive européenne[3] dans laquelle on peut lire que seules les fonctions régaliennes devraient être à la charge de l'état.
L'avenir de l'enseignement? Comme le titre, finalement de façon prémonitoire cette magnifique lettre non encore reçue, l'enseignant va devenir GO, va s'occuper des enfants pendant que les parents travaillent plus : garderie, psychologie, jeux, occupations, ateliers couture, tout ça pour leur permettre de savoir lire et compter. Du point de vue stratégique, la recherche française va disparaitre, tout simplement (de toute façon les jeunes chercheurs français travaillent déjà quasiment tous à l'étranger) et les journalistes ne pourront plus relayer le discours officiel qui dit qu'en France on forme très bien les élèves et les chercheurs de haut niveau.
Tout ça pour dire deux choses :
- si ce bac était réformé dans le sens qui a été indiqué, les disparités dans la population seraient augmentées : les plus riches pouvant assurer une meilleure éducation et un meilleur enseignement à leurs enfants (les établissements privés, pour l'instant surtout religieux, devraient augmenter en nombre);
- les profs vont disparaitre pour être remplacés par des techniciens de l'enseignement, spécialisés en tout et en rien, payés à la tâche, jouant le rôle d'animateur pour gosses de pauvres.
Bon, ben soit je me convertis à une religion et je vais enseigner dans le privé (en ravalant ma laïcité), soit je fais un stage chez les scouts (zut faut se convertir là aussi), soit je pense à me reconvertir tout court en fondant mon propre établissement privé... De toute façon je ne suis pas inquiet, mon plan de carrière intègre le fait de gagner au loto avant de démissionner.
Notes
[1] Cherchez l'erreur, mais n'accusez pas le niveau des épreuves de bac, les notes devenant honorables brutalement. Ceci étant bien sûr exclusivement lié au fait que certains s'économisent depuis le collège et que d'autres ont des crises d'intelligence ou alors se dopent, allez savoir... Sans parler de tous ceux qui se retrouvent brutalement victime de tous les problèmes en dys de la terre, apparus l'année des épreuves du bac (comme par malchance) et bénéficient ainsi d'un tiers temps (c'est à dire qu'ils ont plus de temps pour rédiger leurs réponses).
[2] Les pauvres professionnels du tourisme vont encore trouver là une bonne occasion de se plaindre de mauvais résultats commerciaux, comme tous les ans.
[3] De l'OCDE me semble-t'il. Une analyse plus récente et complète est disponible sur le site du Café Pédagogique.
Commentaires
1. Le dimanche 16 septembre 2007 à 09:21, par @lpha
2. Le dimanche 16 septembre 2007 à 09:34, par Pascale
3. Le dimanche 16 septembre 2007 à 11:15, par Stéphane Bonhomme
4. Le dimanche 16 septembre 2007 à 11:52, par Pascale
5. Le dimanche 16 septembre 2007 à 12:14, par Stéphane Bonhomme
6. Le dimanche 16 septembre 2007 à 17:27, par Pascale
7. Le mardi 2 octobre 2007 à 19:03, par snoop
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