Comment tu t'appelles? Faisons un peu de nomenclature zoologique
Par Stéphane Bonhomme, jeudi 14 juin 2007 à 14:02 :: SVT :: #133 :: rss
Je suis allé faire un petit tour sur le site de l'ICZN. Mais qu'est-ce que c'est que ce truc? Tout simplement, en version intégrale et en français, la Commission Internationale s'occupant de la Nomenclature Zoologique. L'intérêt de cette balade? Me rappeler le pourquoi du comment il faut impérativement suivre certaines règles lorsqu'on parle d'un être vivant, règles nécessaires pour permettre d'être compris par tous (et constater que même sur certains sites de grandes institutions scientifiques françaises on n'est pas fichu de respecter ça). En d'autres termes, je continue, à un autre niveau, ce que j'ai commencé dans ce billet et que j'ai poursuivi dans celui là.
Par la même occasion, lorsque le site retrouvera son aspect initial, c'est à dire lorsqu'il retrouvera tout ce qui a disparu avec l'arrivée du blog, certains billets seront convertis en articles afin de faciliter la lecture et afin d'avoir une vision plus globale sur certains thèmes dispersés ici ou là. Donc oui, je vais faire du recyclage numérique.
Le présent article est bien sûr sous une licence de type Creative Commons (by-nc-sa).
Quand je parlais de Crematogaster scutellaris par exemple (Le printemps arrive, les fourmis aussi), qu'est-ce que j'ai du respecter? Qu'est-ce que j'ai oublié?
Le nom scientifique d'une espèce, est une combinaison de deux noms, le premier correspondant au nom de genre, le second au nom d'espèce[1] :
- Crematogaster, le premier nom donné (mais ne doit jamais être le premier mot d'une phrase), correspond au nom de genre. Par convention celui-ci doit avoir obligatoirement la première lettre en majuscule[2];
- ce premier nom est immédiatement suivi d'un second, le nom d'espèce (ici scutellaris), ne comportant pas de première lettre en majuscule[3].
Voilà pour la base.
J'ai juste oublié de vous dire que le nom de genre comme celui d'espèce doivent être au minimum constitués de deux lettres chacun, et qu'ils répondent à des règles de construction strictes vous renvoyant à vos cours de latin (comme quoi ça sert toujours). Ainsi, le nom de genre doit être un mot latin (ou latinisé) décliné au nominatif singulier[4], quant au nom d'espèce il peut s'agir d'un nom, d'un adjectif ou d'un participe toujours décliné au nominatif singulier, ou pire, un adjectif utilisé en tant que substantif (i.e. : nom) et dans ce cas décliné au génitif[5] (ce qui est notre cas pour scutellaris)... Qui a dit que la grammaire ne servait à rien?
En tout cas, pour l'instant j'ai tout bon, mais ça ne va pas durer :).
Le nom de l'auteur. Et oui! C'est mieux de citer le nom de l'auteur, du découvreur de l'espèce si vous voulez. Même si c'est optionnel, c'est recommandé quand même. Donc! Celui-ci doit être indiqué après le nom de l'espèce, avec une présentation différente de celle du couple genre/espèce, histoire d'éviter les confusions. On évite l'utilisation des parenthèses (elles servent à préciser quelque chose éventuellement) et on évite également les signes de ponctuation. Si le nom d'auteur est inconnu, un joli Anon (signifiant anonyme) fait l'affaire. Et s'il y a plusieurs auteurs, on rajoute un et all bien latin. MAIS, si jamais le nom d'espèce est utilisé avec un nom de genre différent de celui avec lequel il a été utilisé pour la première fois, le nom d'auteur se met entre parenthèses[6].
Bien sûr je n'ai pas exposé toutes les subtilités, parce qu'il y en a. Vous aurez compris que le principal but de ce système est que personne ne pique la découverte d'un genre ou d'une espèce à qui que ce soit.
Il manque encore la date. Je parle de la date de découverte, peu importe si cette date correspond à la date des travaux ou à autre chose, je ne suis pas entrain de vous expliquer comment déposer le nom de l'espèce inconnue que vous venez de trouver (et ne souhaite pas entrer dans le détail de savoir si on parle de la date des travaux, de leur impression et je ne sais quoi encore). L'indication de date est fortement recommandée et elle doit suivre le nom de l'auteur en étant séparée de celui-ci par une virgule (cas le plus simple)[7].
Bon mais comme rien n'est jamais simple il existe des sous-genres et des sous espèces, de même qu'un principe de priorité... passons.
Maintenant, quand on est sur le terrain, qu'on voit une espèce mais que les caractères qui la distingue d'une autres espèces sont tels qu'on est obligé de la mettre sous loupe binoculaire, souvent après l'avoir tuée, l'approximation est autorisée, et bien sure sévèrement encadrée. Bref, pour exprimer une approximation, on utilise le signe typographique ? ou encore des abbréviations du genre cf., prox. ou aff.[8], à placer entre le nom de genre et celui d'espèce, puisqu'en général c'est sur ce dernier qu'on coince facilement.
Conclusion, dans mon jardin j'ai trouvé[9]:
- des Crematogaster scutellaris (Olivier, 1791) - photographies (1 nid identifié);
- des Lasius emarginatus (Olivier, 1791) - photographies (1 nid identifié);
- des Lasius cf. niger (Linné, 1758) - photographies (3 nids identifiés);
- des Camponotus lateralis (Olivier, 1791) - photographies (2 nids identifiés);
- des Camponotus fallax Nylander, 1856 - photographies (individus isolés);
- des Camponotus aethiops (Latreille, 1798) - photographies (1 nid identifié mais qui n'est plus occupé);
- des Camponotus truncatus (Spinola, 1808) - photographies (individus isolés);
- des Camponotus vagus (Scopoli, 1762) - photographies (essaimage);
- des Formica rufibarbis (Fabricius, 1793) - photographies (1 nid identifié plus individus isolés);
- des Polyergus rufescens - Latreille, 1798 photographies (gynes isolées, en provenance d'un essaimage surement);
- des Tetramorium caespitum (Linné, 1758) - photographies (3 nids identifiés, plus individus isolés);
- des Messor structor (Latreille, 1798) - photographies (5 nids identifiés);
- des Pheidole pallidula (Nylander, 1834) - photographies (2 nids identifiés).
Plus d'autres que je n'ai pas encore pu identifier, en supposant que ce soient des espèces différentes, sachant qu'on est dans le domaine d'individus de moins de 3 mm. Bien sûr je n'ai pas indiqué ici ce que j'ai trouvé en dehors du jardin.
Notes
[1] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 5.
[2] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 28.
[3] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 28.
[4] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 11.8.
[5] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 11.9.
[6] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 51.
[7] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 22.
[8] Source, INTERNATIONAL CODE OF ZOOLOGICAL NOMENCLATURE article 5.3.
[9] Source pour les dates : Collection zoologique d'état de München.
Commentaires
1. Le jeudi 14 juin 2007 à 18:36, par @lpha
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.