Français, SVT et notes des élèves
Par Stéphane Bonhomme, jeudi 20 janvier 2005 à 08:03 :: Education :: #39 :: rss
J'aurais pu intituler ce billet pourquoi les élèves ne peuvent pas avoir de bonnes notes
, mais il y a une notion de pessimisme un peu trop forte.
Si au collège ce phénomène est moins prononcé, car il faut donner des bonnes notes aux élèves pour les encourager, au lycée, en tout cas en SVT, le constat est le même : peu d'élèves ont des notes honorables.
La raison, ou plutôt les raisons sont très simples et sont à rechercher dans la conception même de l'enseignement tel qu'il est pratiqué : il faut faciliter l'apprentissage des élèves, et donc les encourager, quitte à tricher sur les notes en oubliant certains critères d'évaluation. Le problème étant, qu'à force de leur faciliter la tâche, on ne les habitue pas du tout à fournir les efforts nécessaires. On assiste donc à de grosses difficultés (toujours concernant les SVT) lors du passage de la classe de troisième à celle de seconde (les professeurs n'ayant plus trop tendance à distribuer les points), et pire encore entre la seconde et la première S, ou là il n'est pas rare d'entendre des parents dire qu'ils sont surpris de constater que c'est très difficile et que personne (!!) ne les avait prévenu. Qu'est-ce qui est si difficile en SVT? plein de choses qui n'ont pas forcément un rapport avec les SVT.
Lutter contre les à priori. Il n'est pas rare d'avoir des élèves de cinquième ou de quatrième dire : beurk la géologie, je n'aime pas ça!
, alors même qu'ils n'en n'ont jamais fait. De toute façon, les autres collègues et personnels d'un établissement pensent toujours la même chose (et par ce biais explique les notes généralement plus basses qu'ailleurs des élèves), on peut donc supposer que les parents des élèves en question aussi. Il est tout de même impressionnant de constater que toutes ces personnes pensent donc que l'enseignement des SVT (et non biologie, ni sciences naturelles) à stagné, le contenu des programmes aussi, et qu'en imprégnant les élèves d'un à priori totalement négatif sur un thème du programme, on hypothèque forcément les chances de réussite.
De plus est-ce vraiment de la géologie que l'on fait au collège? Non, tout juste une étude de l'environnement, histoire de connaître le strict minimum permettant à l'élève d'être capable de dire ce qu'est un élément de paysage et d'avoir quelques idées permettant de l'expliquer.
Il y a aussi le la géologie c'est nul, il faut étudier les cailloux...
. Je ne reviendrais pas sur le terme même de caillou, mais en tout et pour tout, en collège, les roches étudiées sont au nombre de 4 (environ) : il n'est donc pas si insurmontable que ça d'apprendre 4 noms de roche, ainsi que leurs caractéristiques souvent déterminées au cours d'une sortie (quand c'est possible) et/ou d'expériences.
Devoir s'exprimer dans un français correct. C'est là que le bât blesse le plus. Actuellement, rares sont les élèves qui savent formuler des phrases grammaticalement correctes, et plus rares encore sont ceux qui savent écrire sans faire de fautes d'orthographe. Ce constat est valable de la sixième à la terminale S en passant par la première L. Ceci est d'autant plus étrange que souvent les professeurs de français ne constatent pas du tout ce phénomène et je ne suis pas sûr qu'il s'agisse d'un simple cloisonnement des disciplines.
L'orthographe n'est plus un critère pris en compte dans l'enseignement. Même si en SVT (je parle toujours de ce que je connais) il n'est pas rare que les professeurs retirent des points à une réponse lorsque celle-ci, même juste, contient des mots scientifiques mal orthographiés alors qu'ils ont été écrits au tableau pendant les cours. D'autres exigent une phrase correctement construite (sujet, verbe, complément) pour permettre de gagner tous les points. Mais cela semble de plus en plus rare.
Mais il faut bien reconnaître que, si sur la logique personne ne trouve rien à y redire, les conséquences sont souvent désastreuses chez les élèves. Cependant, lueur d'espoir, certains font l'effort de faire attention à ce qu'ils écrivent. Tout ça pour dire que si le futur de la langue française était le SMS, alors les élèves seraient certainement très doués.
Apprendre son cours. C'est vrai quoi! A quoi ça sert de venir assister à des leçons et des séances de travaux pratiques si le travail que doit théoriquement effectuer un élève consciencieux n'est pas fait? La conséquence est la même, que ce soit au collège (ou la part du cours dans la note d'un devoir surveillé est importante) ou au lycée (si on ne connaît pas le cours, on ne risque pas d'être capable d'analyser correctement le document proposé). Ce qui nous amène au point suivant.
Observer et réfléchir. Ce point concerne plutôt le lycée, bien que des exercices de raisonnements puissent être faits, à dose homéopathique (toujours pour préserver la moyenne des élèves) en collège. Beaucoup trop d'élèves sont incapables d'observer correctement un document, à commencer par le titre même du-dit document, souvent source d'informations, voire contenant parfois la réponse. Les élèves se conduisent telle la pie qui est attirée par tout ce qui brille, les couleurs et les formes du document dans le cas présent. Si on n'est pas capable d'effectuer une bonne observation d'un document, comment l'interpréter?
Lire les questions. Autre problème criant, et ce, quelque soit le niveau de l'élève. Dès qu'une question est trop longue, on zappe. Dès qu'on pense avoir trouvé la réponse même si on n'a pas fini de lire la question, on écrit la réponse (et on en oublie la moitié, voire on répond à côté). Il est extrêmement difficile d'obliger les élèves à lire entièrement le sujet une première fois avant même de penser à répondre. Un collègue m'avait donné une méthode qui ne marchait pas trop mal en collège : lors de chaque devoir surveillé, les 5 ou 10 premières minutes étaient consacrées uniquement à la lecture du sujet, les élèves pouvant poser des questions liées à la compréhension éventuelle des questions ou des mots utilisés (leur vocabulaire n'étant pas forcément très riche, les tournures de phrases pouvant les gêner, ce qui nous renvoie à l'un des points précédents). Ensuite, le reste du temps, aucune question n'était admise. Si on peut se permettre ce genre de chose en collège, puisque ça fait parti de leur formation méthodologique après tout, en lycée il est décourageant d'être obligé, parfois, de faire la même chose.
Respecter des consignes, une variante du point précédent. Je me place ici dans le cadre d'une séance de travaux pratiques. Un élève qui a des difficultés (réelles ou liées à la volonté de ne pas fournir d'effort) en français, qui ne lit pas les consignes entièrement et qui ne connaît pas son cours aura parfois du mal à respecter ces consignes et donc ne pourra pas faire la manipulation correctement. Par contre, si vous dites que c'est noté, alors là oui, ils lisent mieux, mais ne manipulent et ne répondent pas forcément mieux, même si la manipulation a été réalisée plusieurs fois avant.
De toute façon, les élèves apprécient beaucoup les manipulations en SVT, se plaignent quand il n'y en a pas assez.... mais aussi quand il y en a trop à leur goût. On a l'impression que, quoi qu'on fasse, ils ne seront jamais contents. Une bonne manipulation pour un élève étant une dissection sans protocole ou tout ce qui peut leur permettre de donner dans le spectaculaire comme à la télé de manière générale.
Bref, comme on peut le voir, la route menant vers les bonnes notes est difficile et seuls les élèves qui ont réellement envie de s'en donner la peine y arrivent. Et ce que je viens de dire pour les SVT doit être applicable pour d'autres disciplines : la rigueur est la clef essentielle pour réussir, la volonté de réussir étant l'autre clef : avoir l'une des deux ne suffit pas. Alors, à cultiver la facilité pour ne pas décourager les élèves, on en arrive à en faire des paresseux intellectuels qui ne veulent pas fournir le moindre effort dans la mesure ou ils ont l'habitude que tout leur tombe dans le bec. Oui les notes que je donne ne sont pas terribles, mais elles seraient pires si j'appliquais strictement ce que je viens de dire. A l'heure actuelle, il est illusoire d'espérer avoir une copie sans faute de grammaire ou d'orthographe. D'ailleurs, regardez les blogs (en particulier les skyblog et autre blogspot), la plupart sont tenus par des jeunes gens en collège (rarement) et en lycée (plus souvent). Il n'y a strictement aucun enjeu lorsqu'ils écrivent un billet pour exprimer une envie, une opinion quelle qu'elle soit, et pourtant, c'est truffé de fautes, d'inexactitudes, de contradictions et j'en passe. Comment est-ce possible à l'heure ou les logiciels de traitement de texte permettent de corriger beaucoup d'erreurs? Soit ils ne savent pas l'utiliser, soit c'est trop long, et de toute façon, ça sert à quoi de se relire?
Commentaires
1. Le dimanche 23 janvier 2005 à 09:58, par alpha
2. Le dimanche 23 janvier 2005 à 22:55, par Fred CHRISTIAN
3. Le mardi 8 février 2005 à 10:56, par Xethorn
4. Le lundi 21 février 2005 à 22:03, par Lucas
5. Le jeudi 23 juin 2005 à 12:08, par balbinus
6. Le mercredi 28 septembre 2005 à 19:05, par Leleve
7. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:15, par collègue de svt
8. Le lundi 12 décembre 2005 à 20:07, par Dominique
9. Le mardi 10 janvier 2006 à 22:11, par netpaco
10. Le mercredi 25 janvier 2006 à 22:23, par Emmanuel
11. Le dimanche 12 février 2006 à 18:20, par Nic
12. Le mercredi 22 février 2006 à 18:07, par collègue de svt
13. Le samedi 25 février 2006 à 02:49, par toujours Nic
14. Le samedi 25 février 2006 à 09:07, par collègue de svt
15. Le samedi 25 février 2006 à 09:35, par Stéphane Bonhomme
16. Le dimanche 26 février 2006 à 18:08, par Stéphane Bonhomme
17. Le mercredi 1 mars 2006 à 16:12, par Nic
18. Le mercredi 1 mars 2006 à 22:48, par Stéphane Bonhomme
19. Le mardi 7 mars 2006 à 19:10, par cooluber
20. Le mercredi 22 mars 2006 à 17:24, par Robert Ferraris
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